OU SONT LES NUAGES D'ANTAN ?
Les nuages se signalent à notre regard :
simples taches informes sans contours bien précis
loupes oblongues sceaux apposés au fusain
ombres charbonneuses tamponnées sur fond blanc
flou aussi désordonné que blanc d'oeuf battu
on les dirait naufragés incapables de
s'extraire de cet état d'esquisse bâtard
de ce pelucheux halo d'indécision
qui ne les maintient pas
au-delà
de l'esquisse
Autrefois les nuages étaient bien dessinés
ils roulaient tels des enclumes ou des géants
ils savaient s'inscrire sur le gris sur le bleu
avec une précision presque ciselée.
Ils formaient des cordillères d'imposants monts
qui donnaient presque envie de les escalader
ils bouillonnaient comme d'impassibles choux-fleurs
émaillés de bourgeonnements de contreforts
Mais qu'est-ce qui s'est donc passé à notre insu ?
Autrefois les nuages étaient bien charpentés
leurs admirateurs louaient
leurs musculeux contours
qu'ils soient couleur de pierre ou d'austère granit
ou d'une blancheur à texture meringuée...
mais aujourd'hui même le ciel
a changé
d'étranges voiles à présent tiennent en respect
la sainte majesté des nuages d'antan.
Ils les mettent sous cloche, les emprisonnant
dans leurs réseaux laiteuses toiles d'araignée
et en font
des fantômes presque évanouis
des entités
qui ne trouvent plus
leur chemin
des crayonnages aussi hasardeux que
fragiles
Texte & photographies ; Patricia Laranco.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire