A travers les feuilles massées
et leur immobile rideau
il épie
d'un regard perçant,
lourd de sa présence cachée.
Il épie
et il se tapit
dans l'indechiffrable fouillis
de végétaux entremêlés,
de feuillées en lévitation.
Dans le silence lancinant
qui s'apparente à un affût
et avec lequel il fait corps
sa présence diffuse est là.
Il se coule entre les taillis,
les fougères et les ronciers
pour suivre sur son sentier
étroit le pas de tout intrus.
Il surveille, mais à l'insu
du promeneur qui, pourtant, sent
confusément qu'il n'est pas seul
et qu'il n'a pas sa place ici.
Il réunit en lui le cri
d'oiseau le moindre frôlement,
le moindre craquement de bois,
de brindille ou branche tombée...
Il est l'Esprit de la Forêt,
l'immemorial observateur
posté derrière les buissons
ou sous la pente des rochers,
dans les puits d'ombre caverneux,
saturés de macération ;
son unique couche est l'humus
mais il dort toujours
d'un seul oeil.
Texte et photo : Patricia Laranco.
Août 2026.
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