vendredi 24 novembre 2023

Patricia LARANCO (Moris/France).

 










Pôle magnétique sur la mer,

mon pôle magnétique à moi

solitaire 

comme un nombril :

Ombilicalité du point.



A l'autre bout d'un méridien,

à l'autre extrémité d'un arc,

d'un de ces grands arcs descendants

incurvés sur l'immensité...



Paris à une extrémité

et, effectué le grand écart

sur terre, mers et océan,

le But, la racine de tout.



Posé sur un vieux continent

que les flots ont presque avalé

- peut-être est-ce la Lémurie -

ce point depuis longtemps

m'appelle.



Ce point depuis longtemps

me hèle

en ma déchirure incrusté.

Je l'entends 

réclamer son dû

par fantômes interposés.

Je l'entends 

qui pleure le sang

de la blessure mal soignée,

mal cautérisée par les mots

et les non-mots

encore pires.














Patricia Laranco.














jeudi 23 novembre 2023

Serge-Mathurin THEBAULT (France).

 











CHATOUILLIS.






Le ciel livre ses bois
au petit caboulot
des mares où noient
leurs chagrins apocryphes
des oies sauvages,
étourdies.



Au-dessus des toits
la lune crapote
une cigarette brune



A la crête des sapins
la brume chatouille
un essaim d’étoiles.












Serge-Mathurin THEBAULT.



























mercredi 22 novembre 2023

Considérations...

 




Le "droit chemin" (y compris pour les psych--), c'est la pensée dominante. Qui ouvre sur le comportement "mainstream".

Être avec la masse. A tout prix. Rester, bien sagement, "moyen", c'est à dire dans la plate, tiède moyenne.

Et malheur au "clou qui dépasse" (comme diraient les Japonais) !

Il y a des codes. Il y a des "clones".






La science écarte du "droit chemin" dans la mesure où elle cultive le doute. De même pour la philosophie.

Ce sont des réservoirs de questions.






Il y a un bien-être, à lire. Une béatitude à lire.






Être poète, c'est aimer, goûter les chemins de traverse. Choisir l'école buissonnière, le nez au vent.

C'est, toujours, un peu, se cabrer face aux carcans, aux disciplines, aux définitions bien carrées, qui enferment et qui rétrécissent.

C'est préférer la cueillette des mûres au jus sauvage, bien noir à même la haie qui borde les champs, à même la béance du ciel où le vent parait le seul maitre à la collecte monotone, calculée des fruits sous les néons tristes et blafard de la supérette.

Être poète (dans l'âme), c'est , on ne peut plus simplement, se laisser porter...se laisser osmoser dans la porosité foncière des choses.

C'est conserver, en soi, la lumière qui n'appartient qu'à l'enfance, aussi vive, aussi intacte que le jaillissement d'une source claire.

Être poète, c'est s'écarter du troupeau, comme une chèvre rétive. C'est échapper, vagabonder. Au risque de s'égarer. Tant pis.






Les hommes, souvent, interprètent tout en des termes de pouvoir. Ils craignent que les femmes libérées des traditions n'ambitionnent de les DOMINER. Ils veulent, depuis longtemps, dominer la nature (on voit le résultat...). Ils brûlent de CONTRÔLER les éléments naturels ainsi que le hasard. Ils cherchent toujours à expliquer, à chasser tout mystère, pour garder la MAITRISE.






N'y aura-t-il donc jamais moyen que la France change, qu'elle cesse de croire à son "exception", de se prendre pour une île, que la soi-disant "France éternelle" (celle des Louis XIV, des Robespierre, des Napoléon, des Jules Ferry et autres De Gaulle, autoritaire) se remette en cause, que la France des glorioles, si bêtement nostalgique de son passé d'"Empire"(notamment colonial)et de sa "vocation" (pour une bonne part autoproclamée) au magistère, au missionnariat civilisationnel en matière d'idées des Lumières, de "modernité" se décide à laisser enfin toutes  ces rigidités,  toutes  ces lourdeurs indigestes derrière elle ?

Ce n'est pas pour rien que la France fut, un temps, tentée par le soviétisme. Son âme demeure rigide et portée à la crispation et au contrôle.

En France, la bonne vieille intolérance sommeille toujours sous l'épiderme. "Comment peut-on être Persan ?".

Ce pays ne s'est-il pas créé, à la base, sur un mode "rouleau compresseur", avec sa "République une et indivisible" intransigeante (dont ne voulaient pas les Girondins) qui a broyé toute forme de particularisme (cf. ce qu'il advint des langues et identités régionales, porteuses, pourtant, de grandes richesses) sous la double férule de la centralisation et de l'assimilation ?

Aujourd'hui encore, la France (pourtant fort vieux pays) vit dans la hantise de l'éclatement; elle s'obsède ad nauseam du "faire société", du "vivre ensemble", du "danger communautariste" !

Comme si elle en était encore à l'heure des Guerres de Religion, de la Fronde, de la Révolution française ou, plus près de nous, de l'O.A.S..

Elle semble incapable de gérer (de digérer ?) sans s'échauffer tant les nouveautés que les différences. Au point que sa Cinquième République, lourd appareil, a, parfois encore, des allures de monarchie.

Son Histoire - qu'il place si haut - aurait-il rendu l'hexagone névrosé et psychorigide ?





P. Laranco.








Un texte de l'écrivaine haïtienne Cari DEVILSEYES.

 


NUIT GLACIALE.



Sur un escarpement glacé, ils se pressaient l’un contre l’autre. Leurs fourrures ne parvenaient pas à les protéger du froid. L’enfant, surtout, souffrait plus que les deux adultes. Ils s’étaient fait surprendre par la neige en cette nuit glaciale et n’avaient trouvé nul abri pour se protéger de la tempête. Impossible d’allumer un feu avec le vent qui sévissait.
Alors ils se pelotonnaient autour de l’enfant, soufflant sur ses mains pour tenter de le réchauffer, le frictionnant de temps en temps pour faire circuler le sang dans le petit corps frigorifié.
La nuit descendait et, avec elle, le froid devenait plus vif encore. La neige, enfin, avait cessé de tomber. Le père, avec quelques morceaux de bois et une peau de bête, avait tenté de monter un abri de fortune, mais cela ne les protégeait que partiellement du vent. L’inquiétude le rongeait. Avec la nuit, un autre danger se présentait. Des bêtes sauvages devaient traîner dans les alentours. Il ne craignait pas les ours, en cette période, ils hibernaient. Mais des loups peut-être? Par ce temps glacial ils devaient être affamés et que pourrait-il faire avec sa seule sagaie pour lutter contre une meute. Une bête isolée, encore, il pourrait essayer de la tuer. Ca leur ferait quelque chose à manger, même crue, la viande leur apporterait un peu de chaleur et de nourriture.
Le froid s'amplifiait à mesure que la nuit avançait. Le petit grelottait de plus en plus et même les frictions ne parvenaient plus à le réchauffer. Il s’endormait malgré lui, tétanisé par l’air glacial, sous le regard éperdu de ses parents. Hélas, ils sentaient la fin proche pour eux aussi. Comment résister sans feu ? La torpeur les gagnait.
Recroquevillés contre le petit corps gelé, ils semblaient dormir lorsqu’on les trouva quelques jours plus tard, pétrifiés dans la glace. Ils n’avaient pas survécu.






Cary DEVILSEYES
Novembre 2014.













Toutes les réaction

mardi 21 novembre 2023

Richard TAILLEFER (France).

 


Dernières miettes d'illusions


Un brin de lilas précoce

Un chapeau tyrolien

De grosses lunettes d'écaille


Susceptible

Un escargot rétractable

Me fait les yeux doux


Il fait bon

Comme un jour de pêche à la ligne

Pas le temps de regarder les filles en jupon

Qui ne font que passer


On rêve à voix haute

Tout en lorgnant ces îles lointaines et inaccessibles


Avec les dents en avant

De vraies dents de vampire


Sur le rebord de la fenêtre

Quelques piafs en repérage

De mes dernières miettes d'illusions














Richard TAILLEFER

In Les Invisibles.














Gaza : Faites un don !

 


Gaza, Palestine 2023 🇵🇸




‼️SOS GAZA‼️




Grâce à votre solidarité notre banque alimentaire à Gaza fournit chaque jour des centaines de repas chauds aux familles nécessiteuses palestiniennes.
Continuons ensemble de leur venir en aide, apaisons leur souffrance!







Vous pouvez effectuer un don mensuel à un enfant orphelin ou une famille dans le besoin à travers ce lien : https://afssp.org/faire-un-don2







lundi 20 novembre 2023

Bobby PAUL (Haïti).

 












CAFÉ CRÈME POUR MON MIROIR



 

cru est l'hiver, rares sont les piverts 

tous nus comme des vers

les arbres dans le vent brumeux

dansent les mains en l'air

laiteux ! luisent les dents de la neige




laiteux ! luisent les dents de la neige

dansent les mains en l'air 

les arbres dans le vent brumeux

tous nus comme des vers

cru est l'hiver, rares sont les piverts 




CAFÉ CRÈME POUR MON MIROIR



















Bobby PAUL.













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