L'INTELLIGENCE
DES POÈTES.
Il existerait, selon les psychologues, deux catégories de pensée (plus ou moins) distinctes : la pensée linéaire, classique
(celle qu'on nous apprend à développer et à cultiver à l'école, et qui respecte
toutes les étapes du raisonnement logique en suivant, progressivement,
posément, l'enchaînement qui mène de la cause à l'effet) et la pensée dite
"en arborescence", qui fonctionne par associations d'idées
buissonnantes et semblant quelquefois impulsives et "désordonnées".
Ce deuxième type de pensée humaine est le père de la métaphore, et de ce que
l'on nomme "l'intuition" (le fameux "eurêka !").
Ce serait donc un type de fonctionnement mental propre à la démarche poétique,
de même qu'aux fulgurances intuitives qui font assez volontiers crier au
"génie", dans tous les autres domaines. Des "matheux" tels
qu'Einstein ou Poincaré l'ont souvent évoquée.
La "race blanche" n'a fait que s'adapter à un
climat. Où est le mérite ?
Aucune idée neuve, aucune invention, aucune démarche
« créative » qui n’aille sans un certain degré d’autonomie mentale,
de défi à l’autorité et aux traditions qui fondent le groupe, de remise en
cause et d’énergie.
C’est peut-être pour cette raison que l’inventeur,
l’artiste, le savant « révolutionnaire » sont si
« suspects ».
C’est peut-être pour cette raison aussi que les siècles
ont, jusqu’alors, livré si peu de grandes œuvres créatrices attribuables aux
femmes.
Pour réfléchir, il faut de l’audace. Il faut également du
retrait. C’est une activité de « solitaire ». On ne peut tout avoir,
hélas.
Réfléchir, déjà, cela demande d’être mentalement assez
« affranchi » du prêt-à-penser et de la pression qu’exercent les
autorités morales, qui régentent l’être collectif.
Cela implique, automatiquement, une certaine indépendance
de l’âme.
D’où une question, assez légitime : les sociétés
humaines holistes, très centrées sur le collectif, sont-elles favorables à
l’invention, au mouvement des idées?
La poésie advient quand les mots nous suggèrent un autre
monde. Une, ou plusieurs dimensions, qui sont parallèles à la nôtre.
Ne serait-elle pas le reflet, l'écho - lointain
- de tous les possibles?
L'art de la définition compte sans doute parmi ceux qui
sont les plus difficiles. Une définition clôt-t-elle jamais la signification
d'une chose? Épuise-t-elle jamais le sujet en ce qui la concerne? Qui peut
savoir?
La sagesse fait peur. Et pour cause...
Il n'est pas de sagesse sans la douloureuse
lucidité, la douloureuse compréhension de la vanité, de la finitude. Et il
n'est pas de sagesse sans doute, sans effondrement des certitudes, sans
effritement (salutaire) des "prêts-à-penser" qui tiennent chaud et
nous tiennent lieu de remparts, précisément contre la peur.
Nous ne voyons pas ; nous louvoyons.
La clairvoyance est une douleur.
Le chacun pour soi entraîne le repli sur soi. Le repli
sur soi entraîne le désinvestissement de la vie collective, et de la chose
publique (res publica). "Non concernés" quelque soit le "sujet
du jour" ou le problème sociétal, les gens deviennent de plus en plus
passifs : des veaux qui regardent passer le train...
Et , avec le recul de toute action collective,
plus rien ne "bouge". De là à revenir vers l'arrière, vers la
réaction, il n'y a qu'un pas.
Conclusion : le chacun pour soi est un allié des
statu quo, des conservatismes de toutes sortes.
En photographie, on traduit les changements perpétuels de
la lumière; on joue avec eux. On comprend ainsi encore mieux la nature
changeante et volatile du monde.
La lumière bouge. Le monde change avec les
mouvements, les caprices, les multiples effets de la lumière.
La lumière sculpte les apparences, qui n'ont
jamais qu'un temps. La lumière est le vêtement - variable - d'un univers qui,
lui-même, se modifie sans cesse.
On a parfois l'impression qu'elle le vêt pour mieux en
souligner le caractère impermanent - et sans doute même illusoire.
P. Laranco.