Cette offensive ne date pas d’hier.
Début 2025 déjà, pendant les débats autour de la loi Duplomb, le gouvernement tentait de créer par voie législative un « conseil d’orientation pour la protection des cultures » composé majoritairement de représentants des filières agricoles et de l’industrie des pesticides.
Un organe destiné à influencer directement les priorités de l’ANSES.
Une tentative de mise sous tutelle finalement abandonnée sous la pression du directeur général de l’agence lui-même (7).
Mais quelques mois plus tard seulement, le 10 juillet 2025,
Soit deux jours après l’adoption de la loi Duplomb,
Le gouvernement revenait à la charge par décret !
Un décret qui donne désormais au Ministère de l’Agriculture le pouvoir de dicter à l’ANSES une liste de demandes d’autorisation de pesticides à traiter en priorité (8).
Jusqu’à 15 % des près de 2 000 demandes examinées chaque année par l’agence (9), soit des centaines de demandes potentiellement concernées.
C’est ce décret que POLLINIS a décidé d’attaquer en urgence devant le Conseil d’État au nom de toutes les citoyennes et tous les citoyens de notre pays.
Une logique qui semble tellement intégrée au fonctionnement même des institutions qu’elle ne choque presque plus personne au sein de l’administration – malgré ses conséquences potentiellement dévastatrices pour nos écosystèmes et notre santé.
Si l’on considère comme évident que les besoins techniques de l’agriculture intensive doivent passer avant tout le reste…
… alors cette nouvelle organisation paraît effectivement logique et plus efficace…
… pour accélérer l’autorisation des pesticides demandés par les filières agricoles – sans un regard pour les abeilles, les pollinisateurs sauvages ou l’exposition des citoyens aux substances les plus toxiques !
Car toute cette mécanique repose sur une même obsession : maintenir coûte que coûte l’efficacité technique des pesticides pour les grandes filières agricoles.
La mécanique est désormais bien huilée.
Depuis des années, les géants de l’agrochimie obtiennent du Ministère de l’Agriculture des dérogations temporaires pour continuer à commercialiser des pesticides pourtant non ré-approuvés au niveau européen.
Officiellement, ces dérogations de 120 jours sont censées rester strictement exceptionnelles.
Dans les faits, elles deviennent permanentes, reconduites année après année, culture après culture, toujours au nom de « l’urgence » et de la « compétitivité »...
Car ces dérogations sont obtenues au titre de l’article 53 du règlement européen (CE) n°1107/2009, pour un usage strictement « limité et contrôlé » et lorsqu’une filière fait face à un danger « qui ne peut être maîtrisé par d'autres moyens raisonnables » (10).
Et aujourd’hui, ces mêmes usages dérogatoires servent désormais à construire les listes de priorisation imposées à l’ANSES (11).
Le déroulé est clair : les industriels créent eux-mêmes les situations d’urgence puis utilisent ces urgences pour accélérer l’autorisation des pesticides qu’ils veulent continuer à vendre.
L’exception se transforme en un système mortifère, au détriment du Vivant.
Prenons l’exemple du pesticide Movento fabriqué par Bayer-Monsanto.
Depuis mars 2026, ce pesticide est à nouveau répandu sur les cultures de cerises, d’abricots, de pêches ou de pommes…
… alors même que sa substance active n’est plus homologuée en Europe depuis 2024…
… notamment en raison de ses effets toxiques probables sur la reproduction et le développement du fœtus (12) et de sa forte toxicité pour les milieux aquatiques (13).
Voilà ce que permettent aujourd’hui les dérogations accordées sous pression des filières agro-industrielles.
Et la dérive se répète inlassablement, année après année :
>> 93 dérogations en 2022,
>> 88 dérogations en 2023,
>> 83 dérogations en 2024 (14),
>> Déjà 58 au 30 avril 2026 (15)… Une trajectoire affolante qui nous amène tout droit à un nombre de dérogations record !
Pourtant, les tribunaux eux-mêmes commencent à reconnaître les abus de ce système.
Le 3 juillet 2025, le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé une dérogation accordée à l’herbicide Prowl 400 (16).
Les juges ont estimé que la situation invoquée ne présentait pas un caractère exceptionnel mais au contraire un caractère « ordinaire et récurrent » et que les intérêts économiques des filières agricoles ne peuvent en aucun cas justifier de contourner le droit.
Exactement ce que POLLINIS dénonce depuis des années.
Car derrière ces décisions, c’est un choix politique clair qui est en train de s’imposer :
Protéger en priorité les intérêts économiques de l’agriculture intensive plutôt que d’accompagner réellement la transition vers des pratiques respectueuses des pollinisateurs et du Vivant.
Pourtant, des alternatives existent déjà : lutte biologique, rotations culturales, variétés résistantes, diversification agronomique (17).
Mais ces solutions demandent une transformation profonde du modèle agricole, là où les pesticides permettent de maintenir les profits immédiats de l’agrobusiness.
Alors les lobbys poussent pour prolonger encore et encore un système à bout de souffle, tentant maintenant d’imposer leur logique jusque dans le fonctionnement même de notre autorité sanitaire. Et pour stopper cette offensive, nous avons besoin de vous.
Votre soutien permet à POLLINIS :
>> de poursuivre le recours engagé devant le Conseil d’État ;
>> de financer des procédures juridiques longues et coûteuses contre l’État et les multinationales agrochimiques ;
>> de poursuivre notre travail d’enquête sur les pressions exercées sur les décisions sanitaires ;
>> et de porter auprès des responsables politiques des propositions concrètes pour protéger réellement les pollinisateurs.
Face à des groupes industriels aux moyens financiers considérables, notre seule force, ce sont les citoyens.
Les citoyens qui refusent de voir l’indépendance scientifique sacrifiée aux intérêts de l’agrochimie, les abeilles devenir la variable d’ajustement d’un modèle agricole destructeur et les générations futures hériter d’écosystèmes effondrés pour les intérêts économiques de quelques multinationales. |
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