Les ombres
conversent en nous à petit bruit,
elles se concertent, fredonnent et s'entre - frôlent.
On perçoit les sons produits par leurs frottements
de soie de feutre de satin ou de velours ;
elles bougent avec flexibilité, fluidité
comme des drapeaux gris animés par le vent
exécutant des esquives de muleta
et je t'esquive et tu m'esquives en un frou-frou.
Le bleu igné rassemblé au-dessus du mur
se désintègre en mille jets brusques, sifflants
où aller et pourquoi se ruer au-dehors
si c'est pour enfanter le glissement des rues
et chevaucher leur échine, leurs huileux flancs
qui s'évanouissent de suite à votre contact ?
Les éclaircies agissent en effractions
à l'intérieur des rêves et des pièces murées
où les âmes en peine ont établi leur camp.
La parole a perdu son pouvoir racoleur,
son fameux art de se substituer au réel.
C'est un coquillage vide ou râle la mer
à moins que ce ne soit la détresse du vent,
de l'aquilon ou de l'alizé amaigris
ces hyènes qui n'ont plus que la peau et les os
et viscères pendants pendant qu'elles trottinent.
Mais je trouverai - non, ne vous inquiétez point -
je trouverai la brèche qui laisse passer
l'hémorragie du Monde et le flux du soleil
car j'ai les os vrillés par tous les lendemains.
Un cri me réveille de mes léthargies bleues
cri de sang cri de feu,
décharge de néant
dissimulée en coin derrière le rideau
où l'air propre d'été
qui sent si bon le talc
complote à grands renforts
de départs,
de murmures.
Patricia Laranco.
14 mai 2026.
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