Umberto ECO, LA GUERRE DU FAUX , éditions Grasset Poche.
Dans la préface de son recueil d’articles de presse, La Guerre du faux, Umberto Eco écrit qu’il essaie de mettre en pratique ce que Roland Barthes appelle le flair sémiologique, cette capacité que chacun de nous devrait avoir de saisir du sens là où on serait tenté de ne voir que des faits.
Dans La falsification et le consensus, Umberto Eco raconte qu’un étudiant rencontré dans la bibliothèque de l’université Yale lui emprunte dix « cents » pour téléphoner à une amie à Rome et revient pour lui rendre les dix «cents» : il lui avoue avoir utilisé le numéro de code d’une firme multinationale ! Eco rappelle que la presse a parlé récemment de la facilité avec laquelle on peut falsifier des billets de train si l’on dispose d’une photocopieuse couleur. L’idée théorique qui règle ces formes de falsification naît des nouvelles critiques de l’idée de pouvoir. Le pouvoir n’est jamais engendré par une décision arbitraire prise au sommet, mais il vit grâce à mille formes de consensus minuscules ou "moléculaires". Il faut des milliers de pères, mères et enfants se reconnaissant dans la structure de la famille pour qu’un pouvoir puisse se fonder sur l’éthique de l’institution familiale.
Eco rappelle un autre épisode de falsification : quelqu’un envoya à Avanti ! un faux poème de Pasolini ! Ce scandale fut limité car cet épisode était exceptionnel. Si toutefois, un jour, il devenait régulier, aucun journal ne pourrait plus publier d’articles qui ne soient pas remis personnellement au directeur par leurs auteurs. Tout le système, dit Eco, serait en crise.
Umberto Eco s’interroge, dans Le comique et la règle, sur la différence d’universalité entre la comédie et la tragédie. Après des siècles, constate Eco, nous pleurons encore sur les cas d’Œdipe et d’Oreste. Le comique, au contraire, semble lié au temps, à la société, à l’anthropologie culturelle. Il faut davantage de culture pour rire d’un texte de Rabelais que pour pleurer sur la mort du paladin Roland. La différence existe aussi quand on examine des œuvres contemporaines : tout le monde tressaille en voyant "Apocalypse Now" ; tandis que pour saisir Woody Allen, il faut être assez cultivé.
Après une longue analyse, où il relève que la comédie et la tragédie reposent sur la violation d’une règle, Eco trouve que la raison profonde de la différence d’universalité est plutôt que la tragédie nous entretient de la nature de la règle avant, pendant, et après la représentation de la violation. Dans la tragédie, c’est le chœur lui-même qui nous offre la représentation du scénario social (c’est-à-dire des codes) dont la violation engendre la tragédie. Les œuvres comiques donnent la règle pour acquise et ne se soucient pas de la répéter. Les scénarios que le comique viole sans avoir à les réaffirmer, ce sont d’abord les scénarios communs : La tarte à la crème fait rire parce qu’on présuppose que dans une fête on mange des tartes et qu’on ne les balance pas à la figure des autres…
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