dimanche 8 février 2026

Un texte de Jean-Yves METELLUS (Haïti).

 




Raz de marée de souvenirs. Je fais le guet. Moins de verdure que d’utopie apparaît dans mon champ.
Autrefois, j’avais l’allure, l’ardeur, l’enjambement. Tout échouait dans ma terre, porté par le vent, sans que je fusse à l’affût de la moindre semence, du moindre effleurement, du plus subtil soupir. C’étaient des temps propices, gorgés d’ivresse, de gourmandises, de plénitude. Des océans coulaient à flot au contact de ma chair. Des monts frémissaient sans cesse sous mes doigts fébriles. Des fruits croissaient, se multipliaient.
J’inhalais des parfums de fleurs aux boutons fragiles, au souffle de la terre, à saveur d’éther. Il y en avait de toutes les couleurs : rose bonbon, rouge aubergine, bleu céleste, jaune primevère, et j’en passe. Je les voyais paître allègrement, exhibant sans faille leur singularité.
M’inondaient des effluves mystiques de l’Inde que les dieux, boiteux ou pas, convoitaient. De toutes parts, je recevais de l’or, du benjoin et de la myrrhe, que j’usais à bon escient. Parfois, je les mélangeais à qui mieux mieux.
J’ai ravivé des volcans dans des territoires pétrifiés, glacials au possible. J’ai pillé des terres à mains nues pour ressentir le frémissement des invertébrés dissimulés dans leurs entrailles.
J’ai dépouillé des pyramides, perverti des anges, écorché des soleils, gribouillé des lunes. Jamais faim n’a été plus rassasiée que la mienne. Jamais soif plus altérée. Pour un poème offert, je recevais des multivers. Pour une lettre griffonnée, des galaxies transies, scintillant d’étoiles et d’astres éphémères.
Pourtant, je passais mon temps à demeurer secret, taciturne. Des grognements qui n’arrivaient jamais me furent réclamés, des treillis de paon, des firmaments chantants.
Aujourd’hui, je pleure, crie, supplie. Je patauge dans mes exhalaisons, chante à la fosse aux bleuets, bâille, roupille. Je me revêts de confidences, déconstruis, fragilise la hiérarchie de mes secrets. Mes vers sont devenus si haletants.
Des mutants aux dents écartées, des clowns ténébreux, des crapauds aux ventres mous, barbouillés de galimatias, au cul terreux d’où jaillissent des pets sonores et puants, me dédaignent en plein jour.
J’erre, solitaire, dans la prairie des songes.









Jean-Yves METELLUS.
Janvier 2026.




































All rights reserved.
















Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire