mercredi 25 mars 2026

Un poème de Patricia LARANCO (Île Maurice/France), POUR NE PLUS ENTENDRE LES CRIS.

 












Comme les animaux fouisseurs

qui se creusent des galeries

loin dans la profondeur du sol, là où ne va

aucun regard...



Comme les taupes ou les blaireaux,

marmottes et chiens de prairie

qui savent que qui fouit fuit

je coche aux abonnés absents.



Pour ne plus voir le noir chaos,

les désordres de gravats gris,

les collines désespérées

que la guerre sème partout...

Pour ne plus entendre les cris

qui sont devenus impuissants

à réveiller un univers

insensible jusqu'au trognon,

autocentré à en

vomir



je remplis de terre mes ouïes,

scelle sous paupière mon œil.

Roulée en boule dans mon lit

je me terre dans mon sommeil.



Pour ne plus entendre les cris

de mon intime écœurement,

de l'impuissance décharnée

qui me défigure et flétrit,



c'est ça :

je plonge bien profond

sous l'étang, parmi les têtards,

les eaux enluminées de vert,

éclairées d'ombres et d'ambre brun,



dans le Silence sidérant,

parmi les lémures gauchis



plus nul rêve ne me vient.



Abolie par l'opacité

je me replace en mon envers

tête en bas

et jambes en haut



comme si je voulais

renaître.
















Patricia Laranco.









































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