Comme les animaux fouisseurs
qui se creusent des galeries
loin dans la profondeur du sol, là où ne va
aucun regard...
Comme les taupes ou les blaireaux,
marmottes et chiens de prairie
qui savent que qui fouit fuit
je coche aux abonnés absents.
Pour ne plus voir le noir chaos,
les désordres de gravats gris,
les collines désespérées
que la guerre sème partout...
Pour ne plus entendre les cris
qui sont devenus impuissants
à réveiller un univers
insensible jusqu'au trognon,
autocentré à en
vomir
je remplis de terre mes ouïes,
scelle sous paupière mon œil.
Roulée en boule dans mon lit
je me terre dans mon sommeil.
Pour ne plus entendre les cris
de mon intime écœurement,
de l'impuissance décharnée
qui me défigure et flétrit,
c'est ça :
je plonge bien profond
sous l'étang, parmi les têtards,
les eaux enluminées de vert,
éclairées d'ombres et d'ambre brun,
dans le Silence sidérant,
parmi les lémures gauchis
où
plus nul rêve ne me vient.
Abolie par l'opacité
je me replace en mon envers
tête en bas
et jambes en haut
comme si je voulais
renaître.
Patricia Laranco.
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