samedi 12 septembre 2026

L'intellectuel réunionnais Jean-Louis ROBERT se livre à une nouvelle analyse de L’OBSCÉNOCRATIE trumpienne.

 




L’OBSCÉNOCRATIE EN MARCHE : TRUMP ET LE TRIOMPHE DU NÉO-ROYALISME.



L’actualité politique américaine récente offre une illustration saisissante et inquiétante d'une thèse universitaire majeure : celle du « néo-royalisme », développée par les politologues Stacie E. Goddard et Abraham Newman (2025). Ces deux chercheurs affirment avoir identifié une forme politique émergente caractérisée par le recul de l'ordre démocratique fondé sur des institutions impersonnelles au profit de cliques d’élites dévouées à un souverain individuel. Deux événements récents démontrent le caractère opératoire de ce modèle.
Le premier s’est joué à Dallas, où Donald Trump a exigé des cadres du Parti républicain un serment d’allégeance direct à sa personne. Dans une république moderne, la légitimité découle du respect des statuts et de la Constitution. Ici, le processus est court-circuité au profit d'un réseau de patronage informel. Le texte même du serment prononcé – « Je jure fidélité au plus grand président... qui nous aime tellement qu'il ne peut même plus respirer » – combiné à sa mise en garde théâtrale affirmant que ceux qui ne voteraient pas « iraient en enfer », relève directement de cette sacralisation théâtrale du chef, typique des monarques absolus évoqués dans l'étude.
On entre de plein fouet dans ce que j’appelle « obscénocratie », c’est-à-dire un mode de gouvernement par la provocation, la transgression permanente des normes morales et juridiques, et la mise en spectacle de la soumission. Ce concept trouve sa manifestation la plus brute dans une autre promesse récente de Trump : celle de donner 5 000 dollars à chaque Américain si le Parti républicain remporte les élections de mi-mandat (midterms). Ce geste, profondément obscène au regard de l'éthique démocratique, dépasse le simple clientélisme. Il transforme l'exercice du vote en une transaction financière directe entre le prince et ses sujets. En remplaçant les programmes politiques et les débats d'idées par une pure distribution de richesses, le dirigeant s'approprie symboliquement les ressources publiques pour acheter la loyauté des masses, matérialisant ainsi la féodalisation du système.
Le second événement, hautement symbolique, s'est produit lors des commémorations du 11-Septembre. Alors que les anciens présidents s’alignaient traditionnellement dans le silence protocolaire de Ground Zero, Donald Trump a choisi de boycotter ce rituel transpartisan pour orchestrer sa propre cérémonie alternative au Pentagone. Ce choix relève précisément de ce que Goddard et Newman nomment l’appel à l’exceptionnalisme. Pour un dirigeant néo-royaliste, accepter les règles communes d'une institution mémorielle neutre reviendrait à admettre qu'il n'est qu'un citoyen parmi d'autres. En s'offrant une tribune sur mesure, il s'extrait de la normalité républicaine pour s'ériger en figure providentielle, au-dessus des usages de l'État.
Ces épisodes ne sont pas de simples excentricités de campagne. Ils incarnent une régression féodale de la politique qui menace directement les démocraties occidentales. Pour l’Europe, le signal est alarmant. Face à un pouvoir américain qui ne raisonne plus en termes de traités ou d’alliances transatlantiques multilatérales, mais en termes de pactes de loyauté personnels et de rapports de force asymétriques, l’Union européenne, attachée au respect de l’ordre international mis en place à l’issue de la seconde guerre mondiale, se retrouve bien vulnérable.
Le risque est double : voir l'émergence d'une diplomatie transactionnelle imprévisible au détriment de la sécurité collective, et subir par mimétisme la contagion de cette déconstruction institutionnelle au sein même de nos frontières, où les forces populistes européennes lorgnent déjà vers ce modèle de gouvernance absolutiste. Il est urgent pour le continent européen de consolider sa propre autonomie stratégique et de réaffirmer la primauté du droit face au retour des seigneurs.









Jean-Louis ROBERT.


























































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