À L'OMBRE D'UN ARBRE.
à Issa Asgarally.
Le parc est vaste et tranquille. Pas une âme n'y est présente. Un vent très doux remue des feuilles, fait frémir des joncs. Une phalène marie ses couleurs au pourpre crépusculaire.
Tu t'arrêtes sous un arbre, tu t'assieds, tu rêves. C'est un rêve au goût de thym et de verveine. L'azur, qui s'assombrit, descend près de toi.
Au loin, là-bas, le monde passe avec sa hargne, sa furie de vivre. Tu écoutes une tourterelle en train de roucouler, cela s'assimile au silence, cela ressemble à une sage promesse. Le vent très doux porte cette promesse là-bas, dans ce monde qui passe, avec son ornement de jaspe et de rubis, rouge comme le sang. Et dans ce cortège infini, tu découvres des sauterelles qui ont des cheveux de femmes et des cuirasses de fer.
C'est un mal que tu ne comprends peut-être plus.
C'est le souffle du tourment exilé...
La phalène épouse une fleur de crépuscule tendre pour éclairer, dans l'assoupissement du ponant, le sort de l'Infortune.
Au loin, des cris s'élèvent, mais languissants, comme une brume qui s'évapore. La promesse, comme un jet de lumière, embrase toute impureté. Des étoiles apparaissent.
Bientôt, dans la profonde nuit, toute rumeur sera tue, étouffée. Et seuls demeureront ce parc solitaire, ses arbres et son grand silence où viendront batifoler des déesses mal aimées.
Sylvestre LE BON,
in Ballades d'ici et d'ailleurs, Éditions A3, Ivry-sur-Seine, 2004.
All rights reserved.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire