Derrière chaque
mot se cache le sens que lui attribue, lui associe d’une part celle ou celui
qui le communique, et d’autre part celle/celui qui en prend connaissance. Il
peut, entre ces deux sens, y avoir place pour un très grand décalage.
L’Homme, à la base, est, par excellence, un être ignorant qui
doit (quasiment) tout apprendre.
En permanence, il va de découverte en découverte, de surprise en
surprise, de tâtonnement en tâtonnement.
C’est son ignorance qui est à l’origine des connaissances qu’il
accumule, car sa curiosité lui fut donnée, comme par compensation. C’est, de
même, son imaginaire, sa créativité exacerbée qui comblent les vides que son
ignorance ne manque jamais de laisser
traîner ici et là.
Les hommes
n’aiment pas les femmes. Ils n’aiment que la Femme, telle qu’ils la veulent,
telle qu’ils la conçoivent au travers d’elles. Non un être, mais un archétype.
Un stéréotype, assez rigide.
La Femme.
Comme si ça existait ! N’est-ce pas pour le moins absurde ?
Ils paient,
par leurs diverses déceptions, le caractère rigide de ce « cliché »
auquel ils s’attachent sans relâche (ce qui renforce leur misogynie).
Il leur
faudrait, peut-être, apprendre à « assouplir » leur image mentale, le
fonctionnement de leurs paquets de neurones (ou même de leur désir érotique) en
cette matière-là.
L’assemblage
« maman-putain-beau sexe-petite fille », après tout, c’est tellement
limité !
Je crois que toute affirmation doit être prudemment précédée d’ « En
un sens », ou de « Vu d’une certaine façon », ou bien de « Dans
cette perspective », ou bien encore de toute autre expression de la même
eau, qui la tempère.
La vérité ?
Un concept à manier avec d’infinies précautions.
Les mots sont trop imprécis pour rendre compte de la nature des
choses.
Les chiffres, les exigences de la « rigueur »
logico-scientifique semblent, quant à eux, par trop manquer d’un certain type
de souplesse pour atteindre ce même but.
Que nous reste-t-il ?
Comment peut-on
parler de « réel » avec notre cerveau menteur ?
Comment peut-on
parler de « réel » dans un monde qui pourrait fort bien être
illusoire ?
Tout ce que les morts laissent, c’est le silence qui les
remplace. Comme une masse qui semble quelquefois plus dense qu’eux vivants. Une
masse dense et creuse, qui se nourrit de leur absence, et de notre manque. Et
qui, un peu comme un trou noir cosmique, nous attire aux abords de ses bords.
Attention à ne pas tomber dans les trous noirs que laissent les défunts !
Les véritables
tombes de nos morts sont en nous.
Leurs véritables
cimetières se trouvent dans notre mémoire.
On ne dit
pas « à la mémoire de X » pour rien.
Le passé, l’avenir, l’ailleurs, l’identification avec l’autre…Pour
le cerveau humain, cela revient à peu près au même. Il ya un vaste réseau de régions cérébrales, frontales, temporales et
pariétales, qui s’active à peu près de la même manière dans plusieurs
circonstances apparemment très différentes : quand vous faites fonctionner
votre mémoire, quand vous vous projetez dans l’avenir, mais aussi quand vous
imaginez que vous êtes à un autre endroit, ou encore quand vous essayez de voir
le monde en vous « mettant à la place » de quelqu’un d’autre. (Laurent
COHEN, in POURQUOI LES CHIMPANZÉS NE
PARLENT PAS – ET 30 AUTRES QUESTIONS SUR LE CERVEAU DE L’HOMME, Odile Jacob
sciences, 2009).
Nos soi-disant
démocraties capitalistes contemporaines ne nous font-elles pas, au fond, vivre
sous l’emprise d’une forme de dictature habilement déguisée, qu’on désigne sous
le nom de « loi du Marché » et que l’on pourrait tout aussi bien
désigner sous celui de « ploutocratie », ou « oligarchie
ploutocrate » ?
Et les
mass-médias de notre époque ne pourraient-ils pas, à bien des égards, être
regardés comme des organes de propagande (infiniment plus astucieux et plus
efficaces que ne l’étaient ceux de Goebbels ou de Staline) ?
Il y a, dans la Bhagavad-Gitâ, une idée que je trouve
particulièrement intéressante : celle de « non-manifesté / manifesté ».
En effet, d’après les cosmologistes, notre univers est né d’un
processus appelé Big bang, à partir d’un « point zéro » appelé
mathématiquement « singularité » et assimilé, au plan matériel, à une
fluctuation de l’énergie du vide (encore nommé « fluctuation quantique »),
l’énergie du vide étant un état énergétique minimal. Pour les savants, une « singularité »,
c’est aussi « un potentiel ».
Notre univers résulterait donc de la concrétisation (de l’extériorisation)
d’un potentiel, d’un état de virtualité, d’un possible parmi tant d’autres. Il
résulterait donc de la matérialisation d’un état antérieur, que nous avons,
bien entendu, beaucoup de peine à nous représenter. Le « non-manifesté »
et le « manifesté »…ne les retrouve-t-on pas là ?
La conscience
humaine possède son propre « instinct de conservation ». Car le
problème de cette conscience-là, c’est qu’elle est fortement individuée.
C’est, d’abord,
une conscience de l’interaction entre un soi et le monde (« je perçois le
monde et j’y réagis, donc j’existe ») ; une conscience donc
rigoureusement liée au sentiment de soi. Non seulement nous sentons, mais nous
avons conscience que nous sentons – et c’est cela qui change tout.
La conscience
(d’ailleurs dite «réflexive ») est une sorte de miroir unificateur ;
de force émergente, « autonome » générée par l’ensemble de nos
réseaux de neurones, qui aspire elle aussi, à son tour, à « persévérer
dans son être ». Elle nous sent, nous regarde exister, nous convainc de
notre propre existence. Mais aussi – mieux encore – elle se regarde
attentivement exister elle-même, en tant que telle. Sa clairvoyance la
confronte à un phénomène « impensable » : celui de sa propre
fin.
La conscience
entretient un rêve d’esprit, d’immortalité, d’âme éternelle que l’on connait
fort bien, et qui est présent dans toutes les cultures humaines. A ce titre,
elle ne peut qu’entrer en conflit avec notre finitude biologique.
Les « vérités de La Palice » semblent si évidentes
que, bien des fois, on les oublie, on a le tort de les négliger. Considérant qu’elles
« vont de soi », on les ignore si complètement qu’on dirait qu’elles
n’existent plus. Un peu comme dans le cas de ces paires de lunettes qu’on
cherche partout alors qu’elles sont restées plantées, tout simplement, sur notre
nez.
P. Laranco.
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