vendredi 15 avril 2022

Impressions, expression, réflexions...

 

 

 

L’argent, la consommation, l’hédonisme…Il faut que la machine tourne (et qu’elle continue de tourner) !

 

 

 

 

 

Le capitalisme rend les gens « addicts » aux biens matériels qu’il produit et à l’argent qui, seul, donne le pouvoir de les acquérir.

Où est, dans tout cela, la liberté ?

 

 

 

 

 

Des expériences de psychologie expérimentale ont bien montré (à l’aide d’IRM cérébrales) à quel point le sentiment d’être supérieur à quelqu’un d’autre stimulait, dans le cerveau humain, le circuit de la récompense  de par le plaisir qu’induisait ce que les psychanalystes, eux, désignent sous le nom de réassurance narcissique.

On peut donc se demander si les gens renonceront jamais un jour à cette gratification et si, par voie de conséquence, ils se plieront un jour pour de bon à l’exigence éthique (pour l’instant utopique) d’une société plus égalitaire, d’une société qui nous parait plus juste.

Ils adorent afficher leurs possessions matérielles, leurs succès et leur statut social plus « haut » dans le but d’impressionner leurs congénères, de titiller leur mimésis (s’il le faut, par l’effet potlatch mis en relief par les ethnologues). Quand bien même clament-ils – ou répètent-ils - par ailleurs, à l’envi le fameux slogan-devise  Liberté-Egalité-Fraternité.

 

 

 

 

 

On parle toujours à partir d’un certain point de vue, d’une certaine perception du monde, d’une certaine culture, ne l’oublions jamais.

De là viennent les « dialogues de sourds ».

 

 

 

 

 

Trop de gens sont dans le déni de choses cependant logiques. Trop de gens sont dans le déni de leur propre fin, en tant que conscience, en tant qu’individu. Surtout depuis que la science, la « modernité » ont balayé le postulat d’une vie post mortem véhiculé auparavant par toutes les formes de spiritualité, de religion, sans doute depuis aussi loin que le paléolithique (chamanisme, puis polythéisme, puis encore monothéisme).

La « vie éternelle » ne se joue pas à l’échelon individuel, quelques puissent être par ailleurs les richesses de la conscience humaine.

De nos jours, beaucoup nient la mort en cherchant à s’enfermer dans l’instant présent ; une nouvelle et fragile œillère. Une nouvelle façon d’esquiver, de fuir une réalité trop redoutable.

Na pas accepter la Fin ne change rien à l’implacable fait : l’évolution et la Fin comme conséquences de l’usure, de l’entropie sont les seules immortelles, du fait que l’Univers est un système dynamique (ainsi que le prouve son expansion, que les calculs ont bien pointée). Nous – comme, d’ailleurs, tout le reste de l’Univers – existons à l’intérieur de cette drôle de chose qu’est le Temps (lequel est également espace). Et le Temps semble bien lié à une évolution permanente. Y-a-t-il  Temps parce qu’il y a cette évolution ? Y-a-t-il  cette évolution parce qu’il y a Temps ?...

Quoi qu’il en soit, le Temps est fluide, mobile (en tous cas, à l’échelle de notre perception, que celle-ci  soit intuitive ou intellectuelle); un mouvement perpétuel, lié à la structure même de notre Univers.

Il semble bien que nous soyons compris dans une structure qui bouge.

 

 

 

 

 

Le principal obstacle au changement social, à la rupture décisive avec le système ploutocratique planétaire actuel (qui est une forme de tyrannie subtile et déguisée, extrêmement habile, extrêmement manipulatrice et totalement au fait des réactions humaines) est (comme on pouvait s’y attendre) d’ordre mimétique.

Les démunis ou les moins bien lotis en termes financiers ont beau être frustrés, en colère si ce n’est « haineux », ils n’en adhèrent pas moins pleinement à la promesse d’abondance, de pléthore de biens et d’avantages matériels pour tout le monde, d’augmentation exponentielle du progrès technologique, scientifique et médical. En aucun cas ils ne sont disposés aux renoncements pourtant étroitement liés aux exigences écologistes dont, semble-t-il, l’avenir de la planète (beaucoup plus fragile qu’on ne se le figurait), de la Vie telle  qu’elle est maintenant et de l’humanité dépendent.

Si, en dernier ressort, le capitalisme libéral a « eu » le communisme, c’est (outre grâce aux excès et aux abus dont ce dernier s’est rendu coupable) grâce à l’envie de biens matériels à gogo et d’hyper-individualisme.

 

 

 

 

 

Être poète, ce n’est pas fréquenter les « salons ». C’est sentir, c’est contempler…puis (dans la mesure où on le peut) écrire, traduire en mots le souffle de la sensation en résonance avec le monde ; traduire en images faites verbe  l’émotion qui a déferlé.

Chaque sensation, chaque émotion change le monde. Chaque émotion peut nous marquer au fer rouge.

Loin des « salons », de la  comédie sociale, le poète est un être intense, en quête de fenêtres sur l’espace, voire sur l’infini. Son idéal suprême (et secret) est, en quelque sorte, le mutisme, ce bruit de fond du monde. Les mots qu’il brode sont juste une dentelle pour l’orner. Pour faire ressentir, en creux, sa plénitude.

Le poète est, fondamentalement, un être sans mots, mutique. Peut-être, coupé de tout mot, de tout verbe. Les « salons », quand il s’y hasarde, ne sont que des pièges, des leurres qui ne capturent que l’écume de son égo, instable, passagère.

Mais l’essence de ce qu’il vit se trouve ailleurs ; incommunicable. Quelque part, il vient d’un monde en-dehors du monde ; inaccessible, même à lui.

Voilà pourquoi, si souvent, il se sent, par excellence, L’étranger.

 

 

 

 

 

Ils font de leurs petits problèmes, (somme toute banals à l’aune de la société où ils vivent) de véritables Himalayas, et ils en parlent; haut et fort. Pour que d’autres ne viennent pas les importuner en leur demandant peu ou prou de s’impliquer (de près ou de loin) dans leurs « gros » problèmes à eux, ceux-là tout ce qu’il y a de réels. Total : nous vivons de plus en plus dans un monde (geignard et chagrin) presque entièrement constitué de « victimes », d’affligés du complexe de Caliméro. Dans le domaine de la victimisation, des motifs de griefs et de plaintes, au moins, là, il n’y a pas à dire, nous l’atteignons, l’égalité !

 

 

 

 

 

Les discrets sont souvent des gens introvertis. Des gens distants, qui ne savent pas, n’osent pas se mettre en valeur. Même s’ils portent en eux, souvent, un monde riche, créatif, ils sont, non moins souvent, mal perçus, compris de travers dans le monde actuel (un monde d’inspiration occidentale) où, presque seuls, sont valorisés les apparences immédiates, l’affirmation extrême de soi (en termes de « culot ») et le « savoir se vendre » inspirés des exigences mercantilistes souveraines.

Aux États-Unis, les enfants qui ont ce type de tempérament subissent une pression énorme. De plus en plus systématiquement, cette dernière leur vaut des brimades (notamment dans le cadre scolaire), car ils ne sont pas assez mainstream, les ados américains étant particulièrement moutonniers, marqués par le culte de l’ « excellence » en tous domaines, de l’activité physique (importance des équipes sportives) ainsi que du spectacle (pom-pom girls) et obsédés par la hantise de la non-socialisation. En Europe, ils deviennent aussi les cibles du harcèlement scolaire, lequel tend à se développer de plus en plus, que ce soit sous sa forme classique ou par le truchement des réseaux sociaux virtuels.

 

 

 

 

 

La Nature a été « bouffée ». Par l’ingéniosité humaine couplée à l’insatiable et exigeante recherche d’une vie toujours « meilleure » en termes de sécurité et de confort, ressentie comme une nécessité sans autre alternative possible. L’Homme a cru tout pouvoir « gérer », maîtriser du seul fait de son intelligence, de ses facultés observationnelles et cognitives qui l’ont grisé parce qu’elles lui conféraient l’impression d’être « au-dessus » non seulement des autres bêtes, des plantes et du règne végétal sans Vie, mais, de surcroît, d’autres Hommes moins « avancés » technologiquement ou vaincus par la guerre, ou encore, moins atteints d’hybris, voire – comble de l’absurde – de sa propre femelle, la femme, qu’il a voulu, sans doute depuis les temps néolithiques, « domestiquer », mettre à son service  comme il l’avait fait des mouflons, des bouquetins, des sangliers ou des aurochs.

Mais aujourd’hui, le voilà qui se heurte à la Terre exaspérée.

 

 

 

 

 

La plupart des gens se créent une vision du monde qui les arrange – si limitée, si bornée puisse-t-elle s’avérer  en nombre de cas.

C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles ils ne désirent, si souvent, pas APPRENDRE, se dérobant, en tout premier lieu, à l’école en tant que lieu de savoir, d’enrichissement de la connaissance, de questionnement. Par la suite, les mêmes gens, une fois enfin délivrés des « ingrates » études, s’installent (s’encroûtent ?) dans le confort de leur vision définitivement arrêtée qui, dès lors, sera bien partie pour les suivre tout le restant de leur vie. Sont-ils des « littéraires », ils dédaigneront, fuiront soigneusement toute incursion (si minime soit-elle) dans le domaine de la connaissance scientifique. Sont-ils des « techniciens », ils ramèneront tout à la technicité (y compris numérique). Sont-ils des travailleurs manuels ou « non qualifiés », ils s’en tiendront au Loto. Sont-ils des fonctionnaires, ils s’en tiendront à la date de leurs prochains congés.

Je m’arrête là. La liste est longue.

 

 

 

 

 

Nous adorerions simplifier le monde.

Mais – manque de bol ! – il s’y refuse.

 

 

 

 

 

Il ne faut pas trop verser dans l’excès de gaieté, d’optimisme. Pas plus qu’il ne faut cultiver le pessimisme, voire l’alarmisme.

L’idéal ? Être, rester CONSCIENT.  D’abord, que le monde est loin d’être simple.

 

 

 

 

 

Complexité. Plasticité.

Pluralité. Interaction(s).

Rien n’est rigide en ce bas monde. Ni hermétiquement étanche.

Voilà sans doute ce qui explique (à ma toute modeste échelle) ma profonde (autant que spontanée) tendresse envers le fourmillement des questions et envers le titillement des doutes.

Une question, c’est quelque chose d’ouvert. Une « réponse », quelque chose de fragile, de provisoire, d’au combien complexe.

Quant aux doutes, ils grippent les engrenages, certes, mais changent aussi les perspectives (en tout cas pour autant que notre rigidité culturelle veut bien les y autoriser) dans un monde où, comme le chantait ARAGON, rien n’est jamais acquis et où toute entité comme tout phénomène (sans exception) possède une multiplicité de « visages », tant liés à sa propre nature qu’à celle de la démarche d’observation qui la.le vise.

 

 

 

 

 

Il faudrait tout de même que les gens, un jour, se rendent enfin compte que le capitalisme, mine de rien, n’a pas grand chose de démocratique, et que la « liberté » qu’il parait offrir est, en fait, on ne peut plus relative.

Seulement, le capitalisme est un système tout ce qu’il y a d’astucieux, de subtil. Il prétend s’appuyer sur une « démocratie » qui, de facto, habille, dissimule, cache outrageusement le pouvoir réel (financier et technocratique).

 

 

 

 

 

Je pense, donc je suis. Vous m’en direz tant ; peuh !

Être n’est pas penser (tout au moins, pas que penser).

Pas de pensée sans Être. C’est pourtant évident.

C’est l’Être qui permet la pensée (parmi tant d’autres choses), et aucunement l’inverse.

 

 

 

 

 

Quelque part, le passé est encore dans le présent ; il s’est cristallisé avec vigueur au sein de la mémoire.

Plus on avance en âge et plus l’on s’aperçoit combien notre enfance et notre jeune âge s’avèrent forts, imbattables pour ce qui est de fixer les souvenirs, d’en marquer, dans certains cas, la mémoire de profonds canyons.

Les premiers âges sont les âges des neurones frais. Qui entretiennent les grands et profonds sillons sensitifs, ainsi que l’illustre si bien, dans le domaine littéraire, la madeleine de Proust. Ils offrent une faculté de vivre intensément les choses et un élan, un enthousiasme dans la démarche de découverte qui, reconnaissons-le, n’aura plus jamais d’équivalent dans les temps à venir. Les souvenirs qu’ils impriment ont une texture toute particulière. Ils heurtent la page encore faiblement encombrée de traces, presque blanche de la mémoire comme le feraient des sceaux dotés de propriétés ineffaçables. Et ce même s’il arrive, bien sûr, que, par ailleurs, la mémoire trébuche, trahisse, aménage tel le rêve, ou, plus carrément encore, « zappe », fasse passer à la radicale trappe de l’effacement sans retour.

 

 

 

 

 

 

Il faut bien admettre que l’on sait très peu des choses de la vie spirituelle de nos ancêtres du Paléolithique. […] Ces animaux puissants, ces personnages hybrides – mi humains mi animaux […] représentés […] sur les parois des grottes et des abris par la gravure ou la peinture. (*)

Voilà qui interpelle et, certes, il y a lieu de faire preuve, en ce domaine, de la plus grande des prudences compte tenu d’une absence de clés d’interprétation de leur force symbolique qui laisse place – sans doute pour l’éternité – à d’immenses zones d’ombre, si ce n’est à de francs contresens et autres projections.

Il n’empêche…les figures hybrides sont toutes mi animales, mi humaines. En dehors de toutes les tentations d’interprétations totémiques ou chamaniques (non dénuées de plausibilité, bien sûr), cela pourrait-il suggérer (je me garderai bien d’employer le verbe « indiquer », trop audacieux, en lieu et place) qu’à ces lointaines époques de vie en groupes réduits, de taille de la pierre, de chasse (grande ou petite), de pêche et (peut-être surtout) de collecte, de ramassage tous azimuts (plantes, fruits, tubercules, graminées, mais également crustacés et coquillages), l’Homo sapiens qui peuplait l’Europe entre - 40 000 et -10 000 ans se vivait comme une créature parfaitement intégrée à l’environnement animal où il évoluait, sans percevoir de réelle séparation entre son univers et le reste de la nature (du moins en ce qui concernait la part animale de cette dernière) ? Qu’il se ressentait, se regardait en tant que partie intégrante de la grande « sphère » des espèces qu’il chassait ou pêchait, ou encore qui étaient susceptibles de le menacer, de le prendre pour proie (représentations de lions des cavernes, d’ours et de mammouths) ?

Pouvait-il s’agir aussi/plutôt d’une expression mimétique ? D’un rêve de maîtrise ? D’un témoignage de respect et d’admiration profonde envers la force vitale et l’équilibre qu’émanaient (du moins à ses yeux) les dites créatures (cerfs, chevaux, rennes, bisons, aurochs, bouquetins, voire…poissons) ? D’une manifestation très appuyée de gratitude à l’adresse de leurs vertus nourricières de premier plan (quant à l’apport protéinique) et, au demeurant, en rapport direct avec la possibilité (relativement rare) de mettre la main sur les ressources qu’elles représentaient, et que, de surcroit, l’on ne se procurait jamais qu’au « prix fort » d’une mise en danger maximale ?...

Ce qui frappe, tout de même, me semble-t-il (du moins dans l’état actuel de la recherche archéologique), c’est l’absence, au cœur de l’ « art » (mais s’agissait-il réellement d’une forme d’art ?) pariétal ou de la sculpture préhistorique (à tout le moins européens), de représentations végétales et, a contrario, la surreprésentation des grands herbivores, des figures féminines hyper- sexuées et des fameux personnages hybrides.

 

(*) In LADY SAPIENS, ouvrage collectif français de Thomas CIROTTEAU, Jennifer KERNER et Eric PINCAS, Les Arènes, 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

P. Laranco.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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