mercredi 8 octobre 2025

Lecture (Histoire des Amériques) : Camilla TOWNSEND, "LE CINQUIEME SOLEIL - UNE AUTRE HISTOIRE DES AZTEQUES.", Albin Michel, 2023, 400 pages.

 








Qui étaient vraiment les "Aztèques", qui s'appelaient en réalité Mexicas et faisaient, plus largement, partie - ainsi que nous le signale ce livre - de toute une constellation de groupes ethniques amérindiens apparentés, désignés sous le terme de Nahuas et habitant la vallée centrale du haut plateau de l'actuel Mexique au moment où y firent irruption les Espagnols ?

Pour le savoir, l'auteure s'est appuyée sur des documents historiques écrits par eux, dans leur propre langue (le nahuatl, parlé encore de nos jours) quoiqu'en caractères latins au XVIe siècle.

La valeur de ces documents, rédigés  juste après la conquête espagnole, est proprement inestimable. Elle fut pourtant peu exploitée, en raison du mépris colonial des Européens.

Avec une sympathie évidente pour ce peuple qui, nul ne le conteste, a essuyé une choc terrible (occuppation assortie de spoliation et d'exploitation  de type esclavagiste, génocides et traîtements brutaux, catholicisation et hispanisation forcées mais surtout, vagues répétées d'épidémies dévastatrices entraînant des effondrements démographiques alarmants), la chercheuse américaine Camilla TOWNSEND nous en restitue la parole, le besoin de mémoire, le sens de l'Histoire certain.

Au travers de ces pages, ils apparaissent tels qu'ils furent, débarrassés de l'image biaisée et déformée qu'ont laissée d'eux les Espagnols, conquistadors ou prêtres obsédés de zèle missionnaire plus ou moins obtus : pragmatiques, épicuriens, , aussi raffinés et subtils qu'ont pu l'être, par exemple, leurs cousins des grands empire de l'Asie de l'Est, mais aussi courageux jusqu'au stoïcisme, extrêmement portés sur la guerre et les valeurs viriles ou sacrificielles.

Rodoutablement intelligents, les Mexicas apprenaient diablement vite et s'adaptaient avec une remarquable souplesse d'esprit aux conditions nouvelles. La maîtrise de soi et l'art de tenir en laisse leurs sentiments et autres émotions et réactions viscérales et immédiates étaient, chez eux, seconde nature. Ils excellèrent dans l'aménagement du territoire à des fins agricoles, l'organisation et l'administration, le commerce, l'artisanat, l'inginiérie, l'architecture monumentale et l'urbanisme, l'art du récit et la poésie, le maniement des nombres, l'observation astronomique.

Certes, les dieux auxquels ils avaient choisi de croire apparaissaient (y compris de leur prope aveu) comme cruels. Capables (c'est confirmé, notamment, par des fouilles archéologiques) de leur imposer des pratiques rituelles sanglantes et excessives qui visaient à sauvegarder l'équilibre cosmique, ils les rendaient humbles. En outre, les Mexicas imposaient aux autres peuples indiens qu'ils avaient soumis et tenaient en respect un régime de terreur pour le moins intimidant.

Ils étaient durs, car le monde dans lequel ils évoluaient était très conflictuel (du fait, notamment de la polygynie aristocratique et royale, assez semblable à celle des empreurs chinois ou des pharaons). Sans doute n'avaient-ils pas le choix.

Grêce à leur ténacité à toute épreuve et à leur esprit combattif, "spartiate", ils avaient pu venir à bout de tous les (nombreux) autres groupes nahuas qui occupaient aussi la vallée centrale surpeuplée et qui, auparavant, les avaient relégués sur ses terres les plus ingrates, au beau milieu d'une île lacustre environnée de marécages.

Ce fut à cette dureté - et à leur caractère aussi entreprenant qu'implacable - qu'ils durent leur survie, puis leur montée en puissance vers des sommets de civilisation.

Ils étaient durs, mais toutefois sûrement pas au point de justifier la description infâmante qu'en firent leurs derniers adversaires, les conquistadors espagnols, afin que l'on en vienne à excuser leurs propres cruautés avides.

Ils surent se montrer subtils, éminemment observateurs et sages lorsqu'ils se résignèrent, en dernière instance, à mesurer et à admettre la supériorité d'ordre technologique (dans le domaine de l'armement) dont disposaient leurs envahisseurs venus de l'autre côté de l'Atlantique.

Curieux, avisés, ils acceptèrent avec enthousiasme l'introduction chez eux de l'alphabet latin en usage sur le Vieux continent,  de même que les concepts et valeurs tant catholiques que scientifiques venus d'Europe.

Ceci posé, ils ne prirent jamais CORTES pour Quetzlcoatl, et encore moins ses compagnons pour de quelconques entités divines. Pas plus qu'ils ne reconnurent, aux Européens, quelque supériorité morale.

Ils étaient profondément convaincus que l'univers, donc l'Histoire, étaient de nature cyclique.

Voilà ce qui, me semble-t-il, ressort de la lecture de ce livre.

C'est dire s'il faut le saluer ; s'il avait lieu d'être écrit.







P. Laranco.
















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