lundi 12 octobre 2026

Un poème engagé de Jean-Louis ROBERT (La Réunion), L’EXIL DES CHOSES.

 
















L’EXIL DES CHOSES






Si je peins une pipe
et dis Ceci n’est pas une pipe,
c’est pour saisir l'image qui ment,
la grande image qui ment, disait Magritte.
Quand il contemplait le monde,
il voyait les rasoirs invisibles
qui séparent les mots des choses,
et il voyait que les mots riaient jaune.
Désormais la fêlure a débordé de la toile.
Le mensonge règne et résonne à Washington.
Sur la scène où se défait le monde,
L’homme à la chevelure sulfureuse répète à la foule
qu’elle ne voit pas ce qu’elle voit,
que toutes les bannières sont étoilées,
que la vérité est une fiction bien gardée.
Voici le temps de l’exil des choses.
Les phrases se vident du rouge de leur sens,
les signes crevés s'effondrent
comme du plastok mort.
Derrière les écrans,
le citoyen moderne assiste au cancelling de l’évidence,
pris du même vertige que devant le tableau :
le langage n'est plus qu’ un marteau
qui brise les miroirs

















Jean-Louis ROBERT.
































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