Les industriels et les lobbys sont partout à la COP (4). Nous les côtoyons dans les discussions officielles, dans les salles de réunion, dans les couloirs, en face des associations de la société civile. Ils organisent leurs propres événements pour promouvoir le démantèlement des normes de protection du Vivant, devant un parterre d’États qu’ils espèrent convaincre. À les voir évoluer, afficher une confiance déconcertante et dérouler des arguments d’une simplicité ahurissante face à la complexité du Vivant, notre conviction est renforcée : la présence des associations de défense de la biodiversité est un contrepoids indispensable.
Notre seule présence dans la salle suffit à rappeler que ces discussions ne sont pas une tribune publicitaire pour l’industrie, que les risques doivent être examinés, les intérêts économiques questionnés et que le principe de précaution n’est pas une variable d’ajustement. Cette vigilance nous permet de contrecarrer leurs arguments et de rappeler que le Vivant n’est pas un nouveau far west pour l’industrie.
Car le cynisme et l’arrogance que nous avons vus à l'œuvre sont sans limites !
Le terrain de jeu privilégié de l’agro-génétique. Nous avons pu suivre plusieurs événements (dits « side events ») organisés par les promoteurs du tout-biotech (5) et le contenu est sidérant : très peu de sources scientifiques sérieuses, des affirmations sans arguments, des conclusions absurdes, des présentations fondées sur les codes d’un marketing débridé – tout est bon pour gommer la complexité du Vivant et la profondeur des enjeux :
- Les études indépendantes qui contredisent leurs conclusions ?
« Probablement des faux positifs, dus à des études mal conçues » ; - Les différences entre les espèces et les écosystèmes ?
« Les insectes sont globalement les mêmes d’un continent à l’autre » ; - La nécessité de vérifier les risques spécifiques à chaque milieu ?
« Les résultats seront probablement les mêmes partout » (6).
Derrière ces raccourcis, une même logique, limpide : réduire les exigences scientifiques et éviter les études locales pourtant obligatoires, dans l’unique but de faciliter le déploiement des biotechnologies (7). Mais le Vivant n’est pas interchangeable. Les espèces, leurs interactions, les milieux et les risques ont besoin d’être étudiés finement. Ce qui n’a pas été évalué ne peut pas être considéré comme sans danger.
Voilà ce que nous sommes venus rappeler à Erevan : on ne protège pas la biodiversité en fermant les yeux sur les risques.
Parmi les intervenants, le représentant de l’Agricultural & Food Systems institute – un obscur organisme américain promettant de « rendre le monde meilleur » – n’a pas hésité à présenter sa prise de parole comme dénuée de tout conflit d'intérêt, avant de préciser son financement par CropLife (8)… Un des lobbys internationaux de l’agrochimie les plus puissants au monde !
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