lundi 30 mai 2022

Un très beau texte de Edith BERTHUIT (France).

 

 

 

Le chemin gravillonné martyrise mes pieds. J’ai voulu suivre le cours de ce ruisseau bouillonnant qui s’enfonce dans les roches nues. Là-haut, le petit morceau de ciel nébuleux et gris qui s’arc-boute au-dessus de la falaise me rend taciturne.

Puis à un détour sinueux, une magnifique volée de papillons bleus, aussi improbables que fascinants, légers et inattendus sur l’acier dur et froid des pierres. Nuage de bribes d’azur, montant et descendant, se rassemblant et s’égaillant en une danse de candeur allègre comme rythmée au clapotis de l’eau.

Le tourbillon cristallin d’écume blanche qui se heurte aux pierres du fond, réverbéré par l’étroitesse de la vallée, pénètre en moi. Engloutie par la sauvagerie de l’endroit, je sens enfin battre mon cœur.

Quelques digitales pourpres inclinent leur tête. Des bouleaux et des sapins s’accrochent à la pente, boursouflant la terre de leurs racines qui affleurent. Deux d’entre elles, s’ouvrant comme des bras, m’offrent un fauteuil de mousse.

Bruissement léger des feuillages dans la brise d’un été qui paresse à naître. J’échoue là, encerclée d’une nature âpre et impassible qui semble m’observer. Toutes les nuances de vert flattent la terre et s’enroulent à mon âme.

Je respire doucement. Il ne faut rien brutaliser de cette puissance fragile qui me fait don de son courage à vivre, qui m’inculque la persistance dans sa patiente ténacité à créer le beau. Je sens l’innocence désarmée de l’herbe neuve qui grandit en touffes éparses et je suis heureuse à présent d’avoir marché sur les cailloux aux arêtes impitoyables.

Maintenant que les couleurs chantent en moi, le paysage est moins sombre et mon air s’allège en chants d’oiseaux invisibles qui volettent dans les frondaisons.

Encore une promenade qui aura su laver la fatigue de mes pensées.

 

 

 

 

 

 

Edith BERTHUIT.

2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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