samedi 19 septembre 2026

Un poème caressé par les embruns, l'iode et le sel de Sylvestre LE BON (Île Maurice), L'ESCALE.












 

ESCALE











à Gaetan Tuyau.







La côte s'étale
Ce n'est pas le bateau qui avance
Mais cette côte longtemps imaginée, dessinée
Qui ouvre ses bras de nourrice
À tribord les marins contemplent l'activité
Du port réveillé
Prêtant leurs oreilles auxquelles bourdonne bientôt
La clameur des sirènes et des remorqueurs


Délaissant l'exil du large
Leurs regards voient déjà le port
Et ses environs inconnus
Qui abriteront leur liberté téméraire
Les péniches autant que la voile blanche de quelque tartane
Luisent de ce goût d'aventure
Qui les mènera cette fois-ci
Vers des tavernes sombres
Et des filles aux regards alanguis


Il faudra encore
Que l'alcool coule et noie les sens
Que les soupirs de quelques filles libidineuses
Rappellent la plainte inassouvie de la lame
Contre la coque du navire
Les routes se dessineront
Interminables et insoucieuses
Les répits gavés de chants et d'injures
Le sommeil chargé d'astres et de sel


Aller au bout de la terre
Aura été un rêve longtemps épelé
Par le clapotis des vagues
Rien n'importera que de vivre
Jusqu'à ce que les cris de quelques migrateurs
Miment la valse des embruns
Dans le coeur des marins
Ce sera alors un nouveau départ
Une orgie du large.


















Sylvestre LE BON.
In Ballades d'ici et d'ailleurs, Éditions A3, Ivry-sur-Seine, 2004.
Crédit photo : Sophie LAGESSE.




























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