Et nous ne nous arrêterons pas là.
Nous allons tout faire pour que ce combat soit porté devant la plus haute juridiction de l’Union Européenne (11).
Et obtenir que la Cour de justice de l’Union européenne se prononce sur le principe même qu’une dérogation de ce type puisse porter sur un produit qui n’a même pas encore été autorisé !
Car l'enjeu dépasse de loin ce premier pesticide génétique.
Ce qu'il faut empêcher, c'est la création d’un précédent permettant à l'industrie agro-génétique d'imposer, dérogation après dérogation, dans différents pays européens, de nouveaux produits sans évaluation complète et adaptée.
L'Europe ne doit pas autoriser ce qu'elle n'a pas encore évalué.
D’autant que les règles européennes qui encadrent l'évaluation des pesticides (12) ont été conçues pour des substances chimiques.
Déjà largement défaillantes pour mesurer la toxicité des molécules chimiques (13), elles ne sont pas du tout adaptées aux pesticides génétiques, dont le mode d'action est radicalement différent (14).
Ce nouveau pesticide a donc été autorisé alors qu'aucun cadre d'évaluation n'existe aujourd'hui pour en mesurer correctement les risques.
A ce jour, les États-Unis étaient le seul pays à avoir autorisé le Calantha, en 2023…
…Et déjà l’association américaine Center for Food Safety, suivie par 22 associations, alertait sur ses dangers sur les espèces non ciblées (15).
Jusqu’ici l’Europe restait un rempart à l’arrivée de ce pesticide – GreenLight Biosciences s'est donc engouffrée dans une brèche du droit européen…
…Une procédure censée être utilisée pour faire face à une urgence agricole exceptionnelle :
L'article 53 du Règlement sur les pesticides autorise un État membre à accorder, à titre exceptionnel et pour 120 jours maximum, une dérogation d'urgence lorsqu'un danger pour les cultures ou les écosystèmes ne peut être maîtrisé par d'autres moyens raisonnables (16).
Autrement dit, cette procédure n'a jamais été conçue pour contourner l'évaluation des risques.
Plus alarmant encore : la situation est exactement inverse pour le Calantha et le doryphore de la pomme de terre.
Notre recours démontre qu’il n’y a ni danger, ni menace imminente, ni absence de méthodes alternatives pour la culture de la pomme de terre !
>> ll n’y a pas de circonstances exceptionnelles : le doryphore de la pomme de terre est connu par les agriculteurs depuis plus de 9 décennies. Peu présent en 2024 et 2025, aucun élément ne laisse présager qu’il soit plus invasif cette année (17).
>> Il n’y a pas de menace imminente pour la filière. Cette dernière connaît au contraire une surproduction, avec un excédent d’environ 800 000 tonnes de pommes de terre, résultat d’une récolte aux rendements exceptionnels en 2025 (18).
Le ministre wallon de la Santé et de l'Environnement a lui-même déclaré que l'approbation du produit n’avait “pas de sens à ce stade” (19) !
>> Des dizaines de “moyens raisonnables” existent, notamment en bio : L'huile de colza ou l'huile de neem permettent de lutter contre le doryphore et ne sont même pas mentionnées dans le rapport du comité d'agréation. Les pratiques de prévention comme la rotation des cultures, les répulsifs naturels et l’introduction d’auxiliaires de culture, pourtant redoutablement efficaces, ne figurent nulle part ! Sans même parler des solutions mécaniques : des essais menés en Wallonie montrent que le balayage réduit de 92 % les populations de doryphores (20).
Le droit de l’Union européenne est clair : ces méthodes devraient être considérées en priorité pour lutter contre les ravageurs – pourtant elles n’ont pas été sérieusement étudiées !
Prête à tout pour accélérer la vente de ses produits, GreenLight Biosciences évoque les signes d’une potentielle résistance du doryphore à un produit existant…
…Oubliant de mentionner que les agriculteurs ont l’embarras du choix : il existe plus d’une soixantaine de produits chimiques déjà autorisés en Belgique pour lutter contre ce ravageur (21).
Le tableau est accablant : tout aurait dû conduire au refus de cette dérogation et à la poursuite de la procédure d’évaluation.
Ignorer les critères prévus par la loi pour promouvoir la technologie par principe est un détournement pur et simple du droit européen !
Le ministre belge de l’Emploi, de l’Économie et de l’Agriculture David Clarinval l’a reconnu avec un cynisme accablant (22) : “Nous utilisons cette possibilité pour accélérer l’arrivée d’une solution que nous considérons comme meilleure pour l’environnement”.
Un usage abusif et complètement assumé d’un article de loi destiné à protéger les agriculteurs et la population en cas de menace pour les récoltes, pour accélérer la mise sur le marché d’un produit potentiellement dangereux… Au nom de la défense de l’environnement !!
Cette autorisation envoie un signal désastreux aux industriels de l’agro-génétique, déjà prêts à se lancer à l’assaut de nouveaux marchés très lucratifs (23) :
Ils peuvent contourner des règles pourtant censées protéger le Vivant – quitte à faire peser des risques encore inconnus sur les abeilles, les pollinisateurs sauvages et sur l’ensemble de la biodiversité dont nous sommes partie intégrante.
Nous devons stopper cette fuite en avant. |
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