mercredi 12 mai 2021

Quelques petites pensées éparses...

 

 

 

Ce sont ceux qui savent le plus, les scientifiques de haute volée, qui insistent le plus sur la nécessité, sur le bienfait d'être (et de demeurer) prudent et humble, sur l'incomplétude consubstantielle à la connaissance en elle-même. Ce sont ces savants (Illya PRIGOGINE, Stephen HAWKING, Stephen-Jay GOULD, Albert JACQUARD, Jean-Marie PELT, Etienne KLEIN, Edgar MORIN, Isabelle STENGERS…) qui interrogent le plus la notion même de savoir. Les lire revivifie comme un baume toute quête philosophique réelle.

 

 

 

 

 

Chaque personne paraît affligée de cette tendance à croire qu’elle-même et ceux avec lesquels elle entretient des liens (proches de préférence) sont les seuls êtres humains authentiques qui soient en ce bas monde.

 

 

 

 

 

Fier d’être français…fier d’être chinois… fier d’être cela, bien fier d’être ceci…Peut-on se fier aux fiers ? Y-a-t-il jamais très loin entre cette « fierté » et ce qu’on nomme, en d’autres termes, l’arrogance ? Et quand bien même il y aurait raison d’être  fier ? On peut à juste titre apprécier sa culture, être en phase avec elle sans autre(s) arrière-pensée(s).  Cela vaut, certes, même, mieux qu’être bourré de complexes, de malaise quant à ce qu’on est qui déforment l’âme. Mais cette revendication de la « fierté » ? Ne faut-il pas s’interroger sur sa nature ?

 

 

 

 

 

La beauté de l’Univers ne se suffit-elle pas à elle-même ? La question de son « sens », de son « pourquoi ? » est-elle, in fine, légitime ? A-t-il besoin, pour exister, que nous, Hommes, lui conférions une raison d’être ? La « raison d’être » n’est elle pas, dans le fond, une sorte de « névrose » purement, typiquement humaine, fille de la curiosité et de l’inquiétude ?

 

 

 

 

 

On déteste l’obscurité car, initialement, sans l’aide de la technologie, celle-ci nous rend vulnérables. Elle dissimule les dangers. Tout peut se dissimuler dedans. Or, nous sommes des animaux diurnes. Contrairement aux prédateurs. Il en résulte que tout ce qui se rapporte à une baisse de l’intensité lumineuse (la nuit, le crépuscule, la pénombre) est connoté négativement, regardé avec appréhension. Il en va de même, par extension, pour toutes les créatures au mode de vie nocturne, même celles qui ne figurent pas parmi nos prédatrices (hiboux et chouettes, chauve-souris, chats). Il en va de même, également, de la pleine lune, qui dispense pourtant, dans la nuit, de la lumière – ainsi que de la forêt, entre autre parce qu’elle entretient une certaine pénombre. L’Homme aime avoir un contrôle plein et entier sur son entourage. Sans doute parce que, au plan strictement biologique, il se sent médiocrement adapté à la nature qui l’environne (en dehors, bien sûr, de la capacité inventive, calculatrice et très plastique, très adaptative que possède son cerveau, couplée à son étroite inclusion dans un groupe).

 

 

 

 

 

Et si les choses changeaient et étaient de nature si impermanente parce que le monde était incomplet et que, pour cette raison, il aspirait à se compléter sans cesse ? Et si cette évolution, cette perpétuelle « émergence » ne recouvraient pas, en fait, ce que nous avons coutume de dénommer « le temps » ?

 

 

 

 

Beaucoup (la plupart des) gens voient dans le fait de prendre de l’âge uniquement une perte. Ils ignorent qu’il comporte aussi une certaine dimension de gain. Devenir vieux, c’est sentir qu’une vie entière nous a poncé(e)s, poli(e)s. C’est découvrir que, dans le meilleur des cas, elle nous a appris à faire la part des choses, à aller plus vite à l’essentiel et à comprendre que le monde se prête, en définitive, mal aux interprétations par trop tranchées, manichéennes, ou émotionnelles. En gauchissant nos énergies, nos passions et nos désirs (ou en facilitant, de manière automatique, toute naturelle, leur gauchissement), la vieillesse nous installe dans une position de sérénité et de recul grâce à laquelle tout ce qui, auparavant, nous heurtait brutalement de front ne fait plus que nous effleurer, voire que passer au-dessus de notre tête. Notre sens de la contemplation est susceptible de s’y renforcer ; de s’y purifier. Notre apaisement peut même atteindre, à ce point, à un « lâcher-prise » de nature presque « spirituelle » tout à fait capable d’encourager l’installation d’une ouverture d’esprit teintée de bienveillance qu’avant, on ne possédait que dans de bien plus infimes proportions. Même si l’on ne remarque plus ni n’écoute plus les « vieux sages » et les anciennes « sages femmes », ceux-ci sont encore de ce monde.

 

 

 

 

 

CRISES IDENTITAIRES.

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Que faire pour que "l'Autre" ne puisse plus/pas s'approcher ? Revenir à l'Âge de pierre ? Sept milliard d'Hommes et des moyens de déplacements, de contacts et d'échanges sans précédents. Aucune crispation d'identité (culturelle, religieuse, nationale) n'y changera quelque chose. Même l'antiaméricanisme (bien commode, mais hypocrite) n'y pourra rien. La Terre est vouée à un brassage massif et inédit des êtres, des ethnies, des cultures. Toutes les cultures humaines sont d'ores et déjà étroitement interconnectées. Pour le meilleur et pour le pire. Pour ma part, ça me va : je me suis toujours sentie plurielle, assez "apatride" (oui, j'ose ce mot !) et citoyenne du monde. Toutes les cultures me semblent dignes d'intérêt et pas mal d'entre elles m'intéressent, dans l'espace comme dans le temps (puisque j'ai reçu une formation d'historienne).

 

 

 

 

 

 

Récapitulons : l'univers s'est peut-être créé tout seul; non, il a toujours existé, et il est esseulé et immense (infini ? ça, on ne sait pas dire); mais non, il a été créé par le Big-bang, petit sursaut du vide. A nous de choisir, en fonction de notre sensibilité.

 

 

 

 

 

Les faits sont, pour une large part, le fruit de la façon dont on les perçoit, de la grille d’interprétation que nous adoptons – inconsciemment- pour en rendre compte. Cette grille d’interprétation est elle-même la résultante d’un tempérament, d’un conditionnement et d’un vécu qui sont étroitement intriqués.

 

 

 

 

 

Il y a rarement une seule raison à ce qui advient, à ce qui est.

 

 

 

 

 

La perception est liée aux sens ainsi qu’ils sont configurés. Ainsi que l’appareil sensoriel global est configuré chez chaque espèce vivante. Elle est donc, forcément, partielle en regard de la nature globale, profonde, complète (si toutefois, ce dernier mot a un sens) du réel. Quant à la connaissance – même si, non sans raison, nous y tenons – elle est un leurre, qui fait courir la curiosité de l’Homme. La seule connaissance qui vaille vraiment la peine d’être appelée de la sorte consiste, en fait, en la prise de conscience que toute connaissance ultime, totale nous est impossible. Le monde est trop compliqué, trop subtil, trop fuyant pour que tous nos moyens perceptifs (en termes de sens et en termes de technologie) le perçoivent. Il n’existe pas de « Saint-Graal », sinon dans le bestiaire de nos illusions. Qui nous certifie que l’intellect humain perçoit « mieux » le monde qu’un sonar de baleine ou de chauve-souris  ou des antennes et yeux d’insecte (par exemple) ? Qui nous dit que des formes de conscience n’existent pas en dehors de la nôtre : chez l’animal, le végétal, le blob, l’amibe, la roche, l’eau ou même le brin d’ADN ou l’atome ? La conscience réflexive nous rapproche-t-elle de la vraie nature du réel ou nous en éloigne-t-elle ?

 

 

 

 

 

J’aime la question, l’hésitation, le doute. Certes, ils déstabilisent (surtout ceux qui aiment les solutions de facilité). Mais comme ils sont évasés, largement ouverts ! A maints égards – et bien maniés- ils sont aussi de réelles forces.

 

 

 

 

 

Ce n’est pas parce qu’on est un individu unique et semblable  à nul autre dans l’histoire de la Vie terrestre et de cet Univers qu’il faut pour autant tout ramener à sa personne et se refermer sur son égomanie. Avec nous, quelque chose d’irremplaçable disparaîtra…et après ? Les nécropoles préhistoriques et antiques que l’on dégage et fouille frénétiquement sont bondées d’une quantité énorme de personnes irremplaçables…dont on ne sait maintenant pour ainsi dire  plus rien (et que, par ailleurs, cette insécable aura de mystère rend d’autant plus fascinantes).

 

 

 

 

 

Il y a les faits, les choses et le REGARD que l’on porte sur eux. La plupart du temps, pour ne pas dire toujours, ces deux pôles fusionnent.

 

 

 

 

 

On prend très vite l’habitude du bonheur (abondance matérielle, sécurité, possibilité de se donner du plaisir, libertés). Tant et si bien que, lorsqu’une catastrophe nous arrive là-dessus, nous avons le plus grand mal à « digérer » ces toutes nouvelles conditions et à y faire face de la manière la plus appropriée possible. Leur dimension subite, brutale, agressive  s’accentue encore de par la surprise et le sentiment de bouleversement qu’elles nous causent. La stupeur, puis le déni s’invitent au trot au rendez-vous, qui ne peuvent souvent que rendre la situation ingérable. C’est ainsi que l’on peut dire que l’habitude du bonheur affaiblit, désarme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

P. Laranco.

 

 

 

 

 

 

 

 

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