samedi 22 mai 2021

Un texte de Patricia LARANCO.

 

 

 

Longues herbes – fauves, obliques, étroites - et macules couleur de boue apposée sur le ciel blanc, brillant…bulles dorées qui montent, s’élèvent, dans une indolence étudiée. La perception qui se renverse.

Le soleil qui plante son dard ; son hérissement ; de côté.

Les bulles sont des papillons. Elles volettent, elles sautillent. Elles se mettent à tourner comme toupies au sommet de certaines tiges.

Il y avait cependant des cris et des rires. Un peu n’importe où. Ils heurtaient le verre des bouteilles accrochées  à l’envers contre le miroir du bistrot, derrière le comptoir – et cela produisait des « cling ! ».

Depuis le fond du troquet, l’on avait vue sur l’odeur du fleuve. On humait le fleuve. Une espèce d’odeur lourde, huileuse et d’un vert soutenu, qui appelait vers le dehors.

L’aura des rêves. Elle était là. Mais si subtilement diffuse, si acrobate, si éthérée !

Elle déboulait sur le champ, parmi les cerf-volant et bulles.

Elle palpitait, dans le bistrot. Telle une imprécision de plus.

Elle ébranlait les vieilles marches noires au centre creusé, aux bords gauchis. Mieux que l’aurait fait un séisme.

Ça aurait dû nous questionner.

Pourtant, rien ne se produisit.

Il y avait une apesanteur. Permettant tous les mouvements. Toutes les pirouettes au-dessus des herbes. Dans le café-bar, toutes les attentes. Aux narines ouvertes en grand.

On attendait quoi ? Les chevaux ?...

L’espace pouvait les émaner. D’un instant à l’autre. C’était clair.

On croyait que c’était imminent. Combien de fois ne l’a-t-on pas cru ?

Cependant, cela n’arriva pas. Cela resta juste sur le point de se faire.

Dans cette attente, il y avait, toujours, quelque chose de jeune, de vif. Qui nous contraignait à guetter. A maintenir notre qui-vive tel qu’il était : caché, haletant.

On pensait à mille chemins. Des phrases avortées dans la gorge. Des phrases à portée de la main. Etouffées. Comme une portée de chats.

Des silhouettes s’agitaient, sur fond d’aura floue, indécise. Un coude appuyé sur le bord du comptoir de cuivre pointait. Parce qu’il était pointu. Tout un chacun riait fort, parlait pour oublier qu’il était une île.

Les sons des glottes demeuraient une mousse superficielle. Une espèce de guirlande de Noël qui courait de mur en mur.

Il, elle…îles.

Ils fuyaient leur silence intérieur. Leur coque de silence intérieur ; leur abîme.

Mais ce rempart de sons s’effrite tout à coup. Plus dure sera la (re)chute en le précipice.

D’autres avaient choisi d’escalader une rue.

Des pavés, presque moisis de transpiration. Des murs, pavés qui ressemblaient à des muqueuses. Des chapelets, tapis, soieries qui pendouillaient de part et d’autre de leur effort d’ascension, mais qu’ils ne se sentaient pas le droit d’effleurer.

Ils ne se souvenaient plus pourquoi ils faisaient ça.

Mais l’important n’est jamais de se souvenir. Votre chair, votre aura se souviennent pour vous.

 

 

 

 

 

 

 

 

Patricia Laranco.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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