mercredi 24 juin 2026

L'intellectuel réunionnais Jean-Louis ROBERT s'exprime sur la réception à Versailles de Donald TRUMP par Emmanuel MACRON

 




TRUMP : UN NÉO-ROI À VERSAILLES.





Donald Trump a été reçu au château de Versailles le 17 juin, à l’issue du sommet du G7 à Évian-les-Bains, pour un dîner d’État programmé par Emmanuel Macron. Le président français avait organisé cette soirée en ce lieu éminemment symbolique pour célébrer les 250 ans de l’indépendance américaine. On rappellera que c’est à Versailles qu’a été signé le traité de 1783, mettant fin à la guerre d’indépendance américaine, et reconnaissant officiellement les États-Unis comme nation indépendante.
Le geste du chef de l’État français ne relève pas du registre de l’exceptionnalité dans la mesure où il s’intègre dans le répertoire habituel de la diplomatie française. Il s’agit de combler de prévenances ou d’honorer tout particulièrement un partenaire privilégié afin d’en retirer éventuellement des bénéfices diplomatiques. En l’occurrence, Emmanuel Macron
entendait « impressionner son homologue » dans l’espoir de maintenir et renforcer les liens transatlantiques en flattant son penchant autoritaire. On sait, en effet, que Trump se voit en monarque, ayant redessiné la ville de Washington à son image. Il a aussi refait la salle de bal de la Maison-Blanche et promis la construction de monuments au coût faramineux, comme Louis XIV en construisait à Versailles. Il a lancé la création d’une pièce de monnaie à son effigie, malgré une loi qui interdit de faire figurer un individu vivant sur des « billets et titres ».
Mais le geste de Macron apparaît moins anodin si on considère Donald Trump comme un néo-roi qui exerce son pouvoir dans le cadre du « néo-royalisme ». Ce concept a été forgé par deux universitaires américains, Stacie E. Goddard et Abraham Newman pour caractériser la forme politique émergente, qu’ils affirment avoir identifiée, et qui constitue une véritable menace pour l’ordre international libéral, établi après la Seconde Guerre mondiale sur un socle westphalien du nom des traités de 1648 qui avaient mis fin à la Guerre de Trente ans en fondant le concept de souveraineté étatique absolue.
Les deux auteurs, dans un article intitulé Le néo-royalisme : le nouvel ordre mondial de Donald Trump publié dans la revue Le Grand Continent, soutiennent que l’administration Trump se caractérise par l’effacement systématique des deux principes fondamentaux qui constituent le socle de l’ordre international libéral : la souveraineté externe des États et la primauté du droit comme fondement de la légitimité politique et comme limite à l’exercice du pouvoir. Il suffit d’évoquer par exemple la tentative d’annexion du Groenland et la politique agressive déployée contre le Danemark, ce qui est une atteinte au principe de souveraineté étatique. Quant à la contrainte juridique, elle a été explicitement récusée par Trump, qui a soutenu, en janvier 2026, que la seule limite à son action résiderait dans [s]a morale et dans [s]on esprit… non dans le droit international.
Le « néo-royalisme » émergent serait donc, selon les deux universitaires, le retour à un monde pré-westphalien. Les ordre pré-westphaliens n’étaient pas centrés sur les États mais sur un ensemble plus restreint d’ambitions et d’acteurs, sujets à des loyautés personnelles et à des liens de parenté. Ces acteurs formaient des clans, centrés sur un souverain absolu – c’est-à-dire une autorité illimitée pour régner sur une communauté politique.
On reconnaît sans peine, dans ces lignes, la gouvernance de Trump, fondée sur sa souveraineté absolue – son égocratie, si on peut oser ce néologisme – et le soutien d’une clique composée des membres de sa famille, de fidèles inconditionnels et d’élites issues du techno-capitalisme. C’est en vue de servir les intérêts de ce cercle restreint que le néo-roi mobilise l’appareil de l’État. L’intérêt national, dans cette configuration, n’entre pas vraiment en ligne de compte.
La gouvernance clanique n’est pas une spécificité états-unienne. Elle est pratiquée par d’autres dirigeants sur la scène internationale : Poutine en Russie, Modi en Inde et Orbán jusqu’à une date récente en Hongrie. Leur action est orientée vers le même objectif, d’après les théoriciens du néo-royalisme : renverser l’ordre international et légitimer le leur par l’alliance de régimes
personnalisés.
Ainsi, si on adhère à la théorie du néo-royalisme, il est possible d’interpréter le geste d’Emmanuel Macron d’inviter Trump au château de Versailles et de le traiter comme un roi, comme une manière – involontaire peut-être - de légitimer l’ordre impérieux qui vient. Le président français n’est d’ailleurs pas le seul à en faire la promotion. Goddard et Newman citent l’exemple des Sud-Coréens qui, éprouvés par le jeu de Washington à cause des droits de douane, ont offert au néo-roi Trump la réplique d’une couronne en or.
La question est finalement de savoir si les tenants de l’ancien ordre international libéral auront les ressources suffisantes pour s’opposer à l’avènement du nouveau système ou s’ils seront obligés de légitimer les néo-rois et leurs cliques, à l’instar d’Emmanuel Macron.













Jean-Louis ROBERT.
































































All rights reserved.



























Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire