Ce matin, pendant que le soleil se glisse par la fenêtre, l’hiver me dénude l’âme.
Assis, une plume à la main, je cherche ce qui m’appartient en rassemblant les mots que j’ai volés au temps, aux livres, aux ombres fuyantes, aux disparus, à la nuit et au cri des cigales.
Est-il possible de retrouver le chemin? Celui qui mène, dans la plaine immense des souvenirs, vers ce pont suspendu entre l’avant et l’après, quand nos vies se sont enroulées à des sarments de lierre et aux herbes folles, pour que dans le vent qui cingle, s’immisce, au-delà de tout brouillard, la possibilité du rêve ?
Est-il vraiment possible de retrouver ce chemin?
Je me suis posé la question alors que dérive la lumière au plus clair de son visage dans cette photo où son regard, comme toujours, hésite entre le clair-obscur du sourire et celui de la tristesse.
À la tombée du jour, à l’horizon du ciel vide, dans l’eau limpide du cœur, apparaît, diaphane, son prénom plus crépitant et vrai que toutes les nuits réunies, plus crépitant et vrai que ces soirs rangés dans le tiroir de la mémoire de toute une vie.
La pensée déferle sans fin alors que ses photos défilent devant mes yeux.
Je croyais attendre le silence mais c’est elle qui m’a rendu visite comme si moi je pouvais la protéger de toute chose.
Qu’est-ce donc qu’aimer?
Sous ses paupières mi-closes, dans ce regard que je n’arrivais pas à fuir, dans les méandres des lignes de sa main, sur ses lèvres chaudes et lumineuses, j’y ai volé un murmure presque inaudible qui allait inscrire en moi, avant que tout s’écroule, la brûlure du vrai.
Aimer, c’est assécher ses larmes sur son visage d’ombre et de lumière.
Gillian GENEVIEVE.
All rights reserved.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire