dimanche 28 juin 2026

Un texte du poète mauricien Sylvestre LE BON.











 

LES MENDIANTES DU MONTMARTRE.






à Robert Furlong.






Elles sont assises
Croupies sur le parvis de l'église
Le soleil à longueur de journée
Poursuit au-dessus d'elles
Sa course éperdue d'azur.
Elles tendent la main aux passants
Le front ridé de peines
Les yeux vides de désespérance.
Leurs mains sont tendues désespérément
Leurs misérables implorations se perdent dans le tumulte
Fiévreux d'un monde fou qui passe.
Nul ne se soucie d'elles
Elles savent d'ailleurs qu'elles n'auront rien
Mais elles tendent toujours la main
Désespérément
Pour que dans sa course éperdue
Le soleil y laisse
Un de ses rayons azurés.


Sonne l'angélus
L'heure pour elles de se retirer et grignoter
Quelques pains rassis.
Elles mangent distraitement sans goût
Le pain noir
De la misère
Mais sonne l'angélus.
Pour assouvir leurs âmes d'espérance
Et avant que le soleil ne termine sa course
Dans l'infini azur
Elles se lèvent
Disparaissent distraitement
Pour d'inconnus séjours.


Elles sont parties les mains vides
Courbées par le poids des peines
Les yeux ternes
Trop heureuses quelques rares fois
Pour quelques sous récoltés
Et l'angélus qui se fait entendre encore dans l'après-midi
Résonne avec l'accent
De certaines misérables implorations.

















Sylvestre LE BON.
In Anthologie de la nouvelle poésie mauricienne, Promo Plus, Port-Louis, 1999.

Crédit photo : Marilyne LE BON.

















































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