dimanche 11 mai 2025

Sedley ASSONNE (Maurice) chronique le RECUEIL DE NOUVELLES de l'écrivaine réunionnaise Gaëlle BELEM, "SUD SAUVAGE"...

 




Recueil de nouvelles de Gaëlle Bélem
Sud Sauvage, une géographie intime de la peur.












En deux romans, Un monstre est là, derrière la porte, et Le fruit le plus rare, Gaëlle Bélem, écrivaine de la Réunion, est devenue une sommité littéraire de l’océan indien. Car, ce n’est pas tous les jours qu’un auteur de la région voit son roman être traduit en plusieurs langues, dont l’anglais, et être en lice pour le Booker Prize !
C’est dire la montée fulgurante de cette autrice. Qui doit sa notoriété au fait qu’elle place son île au centre de son œuvre. Car, pour ceux qui connaissent la littérature de la région, il y a eu beaucoup d’auteurs qui prennent leur île pour prétexte, et ensuite la rangent dans le tiroir de leurs souvenirs. Arguant qu’ils écrivent maintenant pour « le monde ».
Chez Gaëlle Bélem, la démarche est totalement différente. Et cela se voit encore une fois dans Sud Sauvage, un recueil de nouvelles qui succède à ses deux romans. Il y a treize histoires dans ce livre, treize manières de dire la Réunion, au travers d’une géographie intime de la peur. Où l’auteure s’essaie - avec justesse ! - à l’écriture fantastique.
Et nous avons même retrouvé une nouvelle qui fait écho à celle qu’avait écrite le père Henri Souchon dans un recueil de la Collection Maurice, éditée il y a deux décennies, et qui parlait d’un homme qui se laissait séduire par une jeune fille, pour ensuite retrouver sa veste sur la tombe de celle-ci ! Dans Ambre , Gaëlle raconte la même histoire, avec la même fin. Preuve que dans l’océan indien, les histoires voyagent et s’offrent une nouvelle vie dans une île différente. Il y aurait donc une « source » commune où viennent s’abreuver les conteurs. Ces porteurs d’histoire qui ont cartographié l’imaginaire de leurs îles. Pour sauvegarder la mémoire du passé.
Avec cette écriture désormais familière, qui brode les mots comme pour les enjoliver sur la page, Gaëlle tisse des mondes où le « surréel » s’introduit dans l’ordinaire des gens pour restituer des univers placés sous le signe de Leconte de Lisle, dont les vers rythment en quelque sorte, tel le Nevermore d’Edgar Allan Poe, l’ouverture de portes sur l’inconnu.
Et ce qui donne encore plus de relief aux histoires imaginées par l’auteure, c’est qu’elles deviennent aussi des raisons de toujours garder La Réunion au cœur de ces trames. Et si Gaëlle précise que la vie n’est pas un conte de Bram Stoker, c’est parce qu’elle souligne en fait que La Réunion et les autres îles de la région ont leurs propres mythes et légendes. Et qu’il n’est nul besoin de faire appel aux vampires ou aux loups-garous pour construire des histoires autour de la peur.
Et il y a comme une marque de respect dans tout ce qu’elle écrit. Que ce soit à propos d’une religieuse catholique, de dieux hindous, de colons français, voire de simples gens du peuple, c’est toujours de souci de rester au plus près de la réalité qui dicte son écriture. Et d’ailleurs, pour les 25 ans de la collection Continents Noirs, qui a permis à nombre de voix de cette région de se faire entendre en France et en Europe, l’autrice fait un clin-d ’œil à Jean-Noël Schifano, celui qui a porté à bout de bras cette collection. Et qui a cru dans la force de ces plumes aux encres ensoleillées. Chien-Loup, la première nouvelle qui ouvre le recueil, tout en ayant cette « patte » fantastique, pourrait aussi s’apparenter à l’angoisse de l’écriture d’une auteure qui n’arrive plus à créer et qui s’appuie sur son éditeur pour s’assurer de son avancée dans le monde littéraire.
Gaëlle Bélem va donc puiser au plus profond du terroir réunionnais, faisant même appel à des figures connues de l’île, un certain Gilbert Aubry par exemple, pour décliner des mondes parallèles. Qui n’ont pour seul but que de mettre en avant des questionnements sur le patrimoine - La maison Valliamée, l’amour - Ambre, le respect de la nature - Pétrel noir, la santé mentale – L’envers du cyclone, mais aussi le rire, l’humour, typique des gens des îles, qui savent rire d’eux-mêmes, même dans les situations les plus incongrues- Sept têtes !
Gaëlle Bélem, Grand prix du roman métis et prix du Premier Roman André Dubreuil pour Un monstre est là, derrière la porte et Le fruit le plus rare (sélection prix Renaudot, et en lice pour le Booker Prize, dans sa version anglaise), prouve qu’on peut parcourir le monde grâce au talent de sa plume, mais qu’on n’oublie jamais le pays qui vous a porté. Sud Sauvage est, encore une fois, une déclaration d’amour de cette auteure à La Réunion. Et si elle utilise les apparats de la peur pour effrayer son monde, sûrement qu’il faut aussi cela pour réveiller ceux qui ne voient pas « l’envers » de la beauté de leur pays.
Sud Sauvage donne donc à voir des mondes insoupçonnés, où des êtres s’agitent dans une nature
« autre ». L’auteure invite à dompter la peur, pour trouver les clés qui ouvrent sur ces territoires nouveaux ! Hautement recommandé !










Sedley ASSONNE.
















































Source : Sedley ASSONNE.









































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