Il était une fois, dans un carnet oublié dans un tiroir en Corse, deux timbres jumeaux. Identiques en apparence, mais aux destins opposés. L’un portait toujours les bonnes nouvelles : naissances, retrouvailles, promesses d’amour. L’autre, hélas, apportait les ruptures, les mauvaises nouvelles, les lettres de guerre ou de départ.
À travers les décennies, les deux timbres traversent la planète, les guerres, les réconciliations, les exils et les fêtes. Chacun assume son rôle, parfois à contrecœur. Le timbre porteur de mauvaises nouvelles se demande : « Pourquoi moi ? Suis-je
maudit ? » Et l’autre lui répond par le vent :
« Sans toi, comment saurait-on ce que valent mes nouvelles à moi ? »
Mais bientôt, les machines arrivent. Des codes-barres sans âme, des QR codes froids, des e-mails silencieux remplacent les lettres. Les timbres sont oubliés, mis au rebut. Les deux frères sont séparés, engloutis dans la mémoire du monde.
Seul, en Corse dans un village oublié, un vieil homme Phil Atteli vit dans une petite maison tapissée de timbres. Il a gardé un timbre de chaque pays, de chaque époque. Il connaît leur histoire, leur message. Un jour, il retrouve les deux jumeaux, légèrement fanés, mais encore intacts.
Et dans un dernier acte de résistance à l’oubli, il les colle ensemble sur une dernière lettre manuscrite, qu’il envoie sans destinataire.
Personne ne sait qui la recevra. Peut-être toi. Peut-être moi.
Mais on dit que cette lettre, portée par les deux messagers du destin, contient le secret du monde.
Jean-Marc TALAMONI.
02/05/2025.
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