Lettre ouverte à Emmanuel Macron (*)
Monsieur le président, je vous fais une lettre… Non, je ne ferai pas du Boris Vian, mais juste vous dire que je suis extrêmement déçu de vous. Car, en tant que président d’un pays qui a de fortes attaches avec mon île, qui s’appelait jadis Isle de France, autant vous dire que je ne reconnais plus la France.
Dont on disait qu’elle était « la fiancée de l’Eglise » et « le pays des droits de l’homme ». Avec ces deux qualificatifs, je m’attendais à une indignation totale quand l’armée israélienne a empêché le Nonce Apostolique, représentant du Vatican, de dire la messe dans la basilique de Jérusalem. Vous me direz que « la France est un pays laïc ». Elle n’est donc plus la fiancée de l’Eglise et tourne donc le dos aux célébrations religieuses en terre étrangère ? Soit.
Mais comment expliquer aussi que votre pays, membre du Conseil de Sécurité, ne peut pas mettre Israël au pas alors que cet état-voyou commet ouvertement un génocide contre le peuple Palestinien ? Vous qui êtes allé jusqu’aux abords de Gaza et qui avez écouté ces mères dont les enfants sont bombardés ou brûlés vifs par « l’armée la plus morale au monde », pourquoi faut-il aller jusqu’à juin pour la reconnaissance officielle d’un Etat Palestinien ?
Nous sommes en avril, et attendre jusqu’à juin, c’est un blanc-seing de deux mois à Israël pour continuer d’exterminer les Palestiniens. D’ailleurs, tout puissant que puisse être votre pays, il choisit plus facilement de punir ou de faire taire tous ceux qui dénoncent ce que fait Israël, alors qu’il aurait fallu ajouter encore plus de voix à celles d’Aymeric Caron, de Me Rima Hassan et de Jean-Luc Mélenchon pour montrer que la France ne se soumettra pas aux lobbies sionistes et qu’elle dénoncera le génocide en cours à Gaza.
Je suis aussi sidéré que la France ait autant peur du voile musulman/Arabe, alors que notre voisin, La Réunion, territoire français, vit en totale osmose avec l’Islam. Tout comme nous. Saviez-vous que les mauvaises langues disent que la France est devenue le pays-champion de l’islamophobie ? Vous me direz que l’Etat français, malgré sa laïcité, reconnaît toutes les religions. Mais, pourquoi cette peur de l’Islam sur le sol hexagonal ? Est-ce parce que le Rassemblement National gagne de plus en plus du terrain, dans les urnes et dans les têtes, qu’aucun autre parti, à part La France Insoumise, ne veut le combattre sur le plan des idées ?
Quel lien avec mon pays ? Vous l’aurez compris, monsieur le président, mon seul souci c’est le racisme, qui gagne de plus en plus du terrain dans le monde entier. Et pour faire court, ce que fait Israël à Gaza relève du racisme. Des hommes politiques de votre pays se sont toujours élevés contre ce Mal. Et d’ailleurs, c’était aussi pour empêcher sa banalisation que la gauche et la droite marchaient ensemble pour barrer la route au Front National.
Mais, comme souligné, aujourd’hui même la Droite tient le même discours que Marine Le Pen. Et pour revenir à Israël, la France trouve normal de discuter avec le criminel de guerre Benjamin Netanyahou, et lui ouvre même son espace aérien, pour qu’il puisse aller faire la bise à son ami d’extrême-droite Viktor Orban. Difficile donc, monsieur le président, de croire que votre pays milite pour les droits humains quand il laisse le Premier ministre Israélien narguer autant la communauté et le droit international !
C’est aussi la France qui « pinaillait » sur l’arrestation, ou pas, de Netanyahou s’il venait à poser les pieds chez vous. Ce « flou artistique » constituait, encore une fois, un blanc-seing pour cet homme, acculé politiquement dans son propre pays, et qui ne veut pas de la paix.
Je ne sais si cette lettre tombe dans la catégorie dite « d’apologie du terrorisme ». Ce qui pourrait me priver de séjour en France, que j’ai visitée cinq fois. Avec Madagascar, c’est un pays que j’aime. A cause de Charles Baudelaire, d’Arthur Rimbaud, des femmes, des livres, du vin et de la pensée libre. Mais à mesure que le temps passe, je ne reconnais plus ce pays. Est-ce moi qui vieillis, ou serait-ce la France qui aimerait bien porter chemise brune, séduite qu’elle est, non pas par la mode, mais par les tenues chères à l’extrême-droite ?
J’espère que vous trouverez du temps pour lire cette lettre, car je vous sais fatigué, après vos visites à Mayotte, La Réunion et Madagascar. Mais faites comme chez vous. Votre pays est notre premier marché touristique et notre économie fonctionne donc aussi grâce à l’aide française. Mais même si je peux vous dire que mon pays « kontan ou » pour la langue française, il était hors de question de me taire face à ce qui se passe à Gaza. Et j’aurais tellement souhaité que vous émuliez Dominique de Villepin et fassiez entendre la voie de la raison - mais aussi de la force ! - à ce Netanyahou. Car, c’est vraiment désolant que toute l’Europe et les Nations Unies n’arrivent pas à forcer le blocus d’un pays qui commet ouvertement un génocide. Ceux qui écriront plus tard l’histoire de ce conflit se souviendront que la France a figuré parmi les pays qui n’ont rien fait pour sauver le peuple Palestinien.
Voilà donc ce que j’avais à vous dire, monsieur le président. Mais je ne peux terminer, sans citer un extrait du discours que tint Victor Hugo à l’Assemblée Législative, le 9 Juillet 1849, et où il affirme que « la misère n’est pas une fatalité mais est un fléau social qui peut et doit disparaître : Il y a dans Paris… des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtement, que des monceaux infects de chiffons en fermentation… Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière.
Il suffit juste de changer il y a dans Paris et d’écrire Il y a dans Gaza…, et vous aurez compris ce que la France doit faire pour redevenir un pays civilisé qui ne laisse pas exterminer un peuple. Quand vous trouvez du temps pour Boualem Sansal, un seul homme, il faut aussi en trouver pour ce million de Palestiniens qu’Israël veut effacer de la surface des territoires occupés !
Bien à vous.
(*) La visite du président Français est reportée. Elle aura probablement lieu en novembre. Mais la teneur de la lettre reste la même !
Sedley ASSONNE.
Source : Sedley ASSONNE.
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