LA-BAS DANS LE SUD...
là-bas dans le Sud où la mer est bleue à la limite
possible de la couleur où tout est forme absolue et
transparence l'incandescence magnétique fiancée du vent
amante du soleil s'élance à travers les signes jongle
avec la morale émerge des labyrinthes où sont couchés
momies d'éternité les parfums d'autrefois
là-bas dans le Sud l'ennui vous explose dans l'âme
comme mille coups de grisou vous laisse dans la nuit
un goût de cendre et de poussière poussière rouge
des hautes terres poussière saline des bords marins
poussière grise d'argile brûlée par le soleil de midi
et la peau tannée par le feu vertical traversée par
cent fleuves de sudation intarrissable vous caresse
de l'intérieur de moult souvenirs irréellement doux
là-bas dans le Sud au-delà de la garrigue déjà
inculte au-delà de Séville et de Grenade au-delà
encore du Grand Erg du Kilimandjaro au large de
l'Afrique mon Sud est mythiquement une Île un univers
un univers à l'envers de tout rythme de toute cadence
et climat où l'on chante en pleurant où l'on danse
immobile sur ses pieds joints où le ciel est bas
à toucher du doigt où la mer est haute et vive
comme une symphonie visuelle chaude et nue comme
une amoureuse
là-bas dans le Sud lieu perpendiculaire à la
naissance du soleil je voudrais m'en retourner
voir le grand astre passer de l'Orient à l'Occident
des jours sans masques mouiller mes pieds à la
hauteur de la mer chauffer ma tête sous la pluie
brillante d'étoiles marcher et courir auprès des
buffles infatigables des anciens contes
là-bas dans mon Sud je voudrais m'en retourner
F-X. MAHAH
In Sang d'ombre - Mélange d'errance (Préface de Jacques Rabemananjara), Le Vert-Galant, 2004.
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